Suie

Vaqui_6im_PSz
V Aquilae, étoile de magnitude 7 dans la constellation de l’Aigle. L’un des objets les plus rouges du ciel. Addition de 6 images pour une pose totale de 90 secondes, télescope T150/750, le 11 août 2017.

 

V Aquilae est une étoile discrète de la constellation de l’Aigle. Côté luminosité, elle affiche une magnitude 7 et est en dessous de la limite de visibilité à l’œil nu. C’est une étoile particulière, puisque sa famille ne compte que 200 membres connus visibles avec un instrument d’amateur. V Aquilae est une étoile géante rouge drapée dans un manteau de suie. Cette suie bloque le peu de lumière bleue que l’étoile émet. V Aquilae apparaît donc d’un rouge éclatant vu de la Terre. Suivant les indications du Guide du Ciel 2017 de Guillaume Cannat, je trouve V aquilae à 3° à l’est de l’amas d’étoile M11.

V Aquilae est une étoile carbonée, en fin de vie. Elle se trouve à 1200 années-lumière du système solaire.

 

Publicités

Nébuleuse Saturne

Le Verseau est une constellation que je connais mal. A nos latitudes, elle ne monte jamais très haut sur l’horizon. De plus, la constellation ne contient pas d’étoiles brillantes ou d’alignements remarquables. Mais elle recèle des trésors discrets.

NGC 7009 est une nébuleuse planétaire. Ce qui signifie qu’elle ressemble à une planète à l’oculaire du télescope. Mais il s’agit en fait d’une étoile en fin de vie qui éjecte progressivement ses couches extérieures. Elle ensemence l’univers d’atomes lourds qu’elle a produit pendant toute sa vie. NGC 7009 montre deux extensions latérales qui lui ont donné son surnom de nébuleuse Saturne. Elle est située à environ 4000 années-lumière.

J’ai réalisé deux jeux de photos : la première à grand champ, au foyer du télescope, la seconde avec un oculaire de 10 mm de focale (grandissement de 75 x).

ngc7009_6im
Champ d’étoiles dispersées dans la constellation du Verseau. Le point bleu est la nébuleuse Saturne. Addition de 6 images, 2500 ISO, 2 minutes de pose totale, au foyer du T150/750. Le 14 juillet 2017.
saturn_8imzPS_ngc7009
NGC 7009, la nébuleuse Saturne. 2500 ISO, 160 secondes de pose totale (somme de 8 images). Télescope T150/750, oculaire de 10 mm, le 14 juillet 2017. On aperçoit une structure en deux anneaux à l’intérieur de la nébuleuse.

Ballade en Mer des Nuées

Deux jours après le premier quartier de Lune, la partie occidentale de la Mer des Nuées sort de l’ombre. L’œil est immédiatement attiré par le cirque Bullialdus : 59 km de diamètre, des remparts en terrasse hauts de 3500 m, une magnifique montagne centrale.

crat009
Partie occidentale de la Mer des Nuées. Le 3 juin 2017, télescope T150/750, 1/100 s sur 1600 ISO. Oculaire de 10 mm avec une bague d’extension.

Une carte de la partie centrale. La limite de résolution de la photo est d’environ 6.5 km (le cratère Kies E). L’œil à l’oculaire, on descend à environ 2.5 km.

bullialdus.001

Eclat

Une photo de la rencontre de deux mondes. Un peu plus haut que le centre de l’image, on aperçoit NGC 4684, une galaxie spirale barrée situé à proximité de l’étoile Porrima (gamma de la Vierge). Elle contient des milliards d’étoiles, mais sa distance la rend extrêmement discrète : sa magnitude est d’environ 12.0. Sa distance au système solaire est assez mal connue, comprise entre 45 et 90 millions d’années-lumière. L’Univers étant en expansion, elle s’éloigne de nous à la vitesse stupéfiante de 1500 km chaque seconde.

Et Jupiter s’invite sur la photo ! La plus grosse planète du système solaire est en vadrouille dans la Vierge. Elle est située à 800 millions de kilomètres et sa magnitude est de -1.5. La distance qui sépare NGC 4684 de nous est environ 700 milliards de fois celle qui nous sépare de Jupiter. Résultat, bien que infiniment plus petit que la galaxie, Jupiter est aveuglant sur le cliché ; il apparaît 100 000 fois plus brillant que la galaxie.

ngc4684_8im
La galaxie NGC 4684, au-dessus du centre de la photo, et Jupiter complètement surexposé. L’étoile brillante située à 11h de Jupiter est en fait une des lunes galiléennes de la planète géante (Callisto, marqué aussi par des aigrettes de diffraction, comme Jupiter). Les 3 autres sont noyées dans le halo de lumière. Le 17 juin 2017, télescope T150/750, somme de 8 images pour une pose totale de 160 secondes.

La marée des étoiles

Observation du 16 juin 2017. Le ciel est limpide et le cœur de la Voie Lactée apparaît lentement sur l’horizon sud-est. C’est une marée montante céleste, dont l’écume est formée de nuées d’étoiles. De gigantesques zones sombres marquent la présence de vastes nuages de poussière interstellaire.

J’installe l’appareil photo sur le dos du télescope, j’utilise un objectif de focale fixe de 50 mm et j’enchaîne 6 poses de 20 secondes sur 2000 ISO.

sagit_6imPS_scaled
La Voie Lactée au nord de la constellation du Sagittaire. Pose de 120 secondes (6 images additionnées), 2000 ISO, objectif de 50 mm monté sur le dos du télescope. Les formes sombres à droite sont des arbres fraîchement taillés. En haut à droite, on voit la nébuleuse de la Lagune (en rose, très brillante) et la nébuleuse Trifide (à gauche de la Lagune). Vers le centre, toujours roses, on voit la nébuleuse Oméga (à droite) et la nébuleuse de l’Aigle à gauche. Le 16 juin 2017.

La Voie Lactée présente deux nuages particulièrement brillants. L’un en bas à gauche (dans la constellation de l’Ecu), l’autre en haut à droite du centre (à cheval sur Ophiuchus et le Sagittaire.

La Voie Lactée est notre galaxie vue de l’intérieur.

A l’écart

A une vingtaine de degrés à l’est du grand amas de la Vierge se trouve un petit groupe dispersé de galaxies. Collée à l’étoile 109 de la Vierge, NGC 5746 est un membre de ce groupe. C’est une spirale barrée située à un peu moins de 100 millions d’années-lumière du système solaire. Comme NGC 4565 dans la chevelure de Bérénice, NGC 5746 est vue par la tranche. Sous cet angle de vue, l’aspect spirale disparaît, et il reste un élégant fuseau de lumière faible, fragile et suspendu dans le vide, marqué par le noyau central et une bande de poussière sombre.

ngc5746_17imPS2
NGC 5746 dans la constellation de la Vierge. L’étoile brillante est 109 de la Vierge, de magnitude 3.8, bien visible à l’œil nu. NGC 5746 est le fin fuseau situé au-dessus de 109 Vir. Plus haut et vers la droite (en fait au sud-ouest) on voit la galaxie NGC 5740 (magnitude visuelle 12.5). 19 mai 2017, télescope T150/750, addition de 17 images pour une pose totale de 5 minutes et 40 secondes, sur 2000 ISO.

La piste des amas globulaires

Il y a beaucoup d’objets étranges dans l’Outre-Terre. Les amas globulaires en font partie. Ces mystérieuses boules d’étoiles accompagnent les galaxies dans leur voyage sans fin. Les troupeaux d’amas globulaires contiennent parfois des centaines d’individus pour une seule galaxie-mère. Vu dans un télescope, le spectacle est troublant. On dirait des puits qui attirent à eux les étoiles environnantes, pour former des condensations surréalistes. Mais ce n’est qu’un effet d’optique : les amas globulaires sont des objets extra-galactiques, situés parfois à des dizaines de milliers d’années-lumière, bien plus loin que les étoiles de notre galaxie La Voie Lactée qui apparaissent au premier plan.

Ophiuchus, la Tête du Serpent, l’Hydre Femelle sont des constellations riches en amas globulaires. Voici quelques photos prises le 24 et 25 mai 2017.

M5_7imz
M5. Amas globulaire dans la Tête du Serpent. L’étoile brillante est 5 Serpens Caput. L’amas est l’un des plus beaux de la famille des globulaires. Il semble projeter des chaînes d’étoiles. A la fois brillant, mais aussi d’aspect laiteux au centre, là où la lumière de milliers d’étoiles se mélange. T150/750, 7 images, pose totale de 170 secondes. 2000 ISO.
M10_7imPS
M10, dans la constellation d’Ophiuchus. 2500 ISO, 7 images additionnées, pose totale de 140 secondes. Au foyer du T150/750.
M12_7im
M12. Constellation d’Ophiuchus, à proximité de M10. T150/750, 2500 ISO, pose totale de 140 secondes.
M14_10imPSz
M14, un amas globulaire obèse ! Toujours dans la constellation d’Ophiuchus. Addition de 10 photos, 2500 ISO, pose totale de 200 secondes. Au foyer du télescope T150/750.

Et pour finir, un amas plus compliqué à saisir, dans l’Hydre Femelle, juste sous le Corbeau. Situé dans l’hémisphère sud du ciel, il reste assez bas sur l’horizon à nos latitudes, et sa lumière est considérablement atténuée par l’épaisseur de l’atmosphère terrestre.

M68_2imPS
M68, dans la constellation de l’Hydre Femelle. Somme de 2 photos à 2500 ISO, 40 secondes de pose, T150/750.