A l’écart

A une vingtaine de degrés à l’est du grand amas de la Vierge se trouve un petit groupe dispersé de galaxies. Collée à l’étoile 109 de la Vierge, NGC 5746 est un membre de ce groupe. C’est une spirale barrée située à un peu moins de 100 millions d’années-lumière du système solaire. Comme NGC 4565 dans la chevelure de Bérénice, NGC 5746 est vue par la tranche. Sous cet angle de vue, l’aspect spirale disparaît, et il reste un élégant fuseau de lumière faible, fragile et suspendu dans le vide, marqué par le noyau central et une bande de poussière sombre.

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NGC 5746 dans la constellation de la Vierge. L’étoile brillante est 109 de la Vierge, de magnitude 3.8, bien visible à l’œil nu. NGC 5746 est le fin fuseau situé au-dessus de 109 Vir. Plus haut et vers la droite (en fait au sud-ouest) on voit la galaxie NGC 5740 (magnitude visuelle 12.5). 19 mai 2017, télescope T150/750, addition de 17 images pour une pose totale de 5 minutes et 40 secondes, sur 2000 ISO.

La piste des amas globulaires

Il y a beaucoup d’objets étranges dans l’Outre-Terre. Les amas globulaires en font partie. Ces mystérieuses boules d’étoiles accompagnent les galaxies dans leur voyage sans fin. Les troupeaux d’amas globulaires contiennent parfois des centaines d’individus pour une seule galaxie-mère. Vu dans un télescope, le spectacle est troublant. On dirait des puits qui attirent à eux les étoiles environnantes, pour former des condensations surréalistes. Mais ce n’est qu’un effet d’optique : les amas globulaires sont des objets extra-galactiques, situés parfois à des dizaines de milliers d’années-lumière, bien plus loin que les étoiles de notre galaxie La Voie Lactée qui apparaissent au premier plan.

Ophiuchus, la Tête du Serpent, l’Hydre Femelle sont des constellations riches en amas globulaires. Voici quelques photos prises le 24 et 25 mai 2017.

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M5. Amas globulaire dans la Tête du Serpent. L’étoile brillante est 5 Serpens Caput. L’amas est l’un des plus beaux de la famille des globulaires. Il semble projeter des chaînes d’étoiles. A la fois brillant, mais aussi d’aspect laiteux au centre, là où la lumière de milliers d’étoiles se mélange. T150/750, 7 images, pose totale de 170 secondes. 2000 ISO.
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M10, dans la constellation d’Ophiuchus. 2500 ISO, 7 images additionnées, pose totale de 140 secondes. Au foyer du T150/750.
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M12. Constellation d’Ophiuchus, à proximité de M10. T150/750, 2500 ISO, pose totale de 140 secondes.
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M14, un amas globulaire obèse ! Toujours dans la constellation d’Ophiuchus. Addition de 10 photos, 2500 ISO, pose totale de 200 secondes. Au foyer du télescope T150/750.

Et pour finir, un amas plus compliqué à saisir, dans l’Hydre Femelle, juste sous le Corbeau. Situé dans l’hémisphère sud du ciel, il reste assez bas sur l’horizon à nos latitudes, et sa lumière est considérablement atténuée par l’épaisseur de l’atmosphère terrestre.

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M68, dans la constellation de l’Hydre Femelle. Somme de 2 photos à 2500 ISO, 40 secondes de pose, T150/750.

La galaxie du Dragon

Ciel limpide depuis 3 jours. J’accumule les soirées d’observation, et je prends du retard dans le traitement des images.

Hier soir, 25 mai 2017, je retourne rôder dans les parages de l’étoile polaire. Je profite d’un très bon réglage de la monture du télescope pour me rapprocher du pôle nord. Ce secteur du ciel ne tolère pas les imprécisions. Les étoiles profitent du moindre écart de la monture pour dériver, et se transformer en traînées peu esthétiques.

Après plusieurs années d’observation, je soigne l’horizontalité de la monture équatoriale. Il me semble que c’est sur cet aspect que les erreurs sont le moins permises. Je prends une vingtaine de photos de la très belle galaxie NGC 5907 dans la constellation du Dragon. Seules 11 photos présentent une dérive négligeable et peuvent être additionnées.

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NGC 5907 dans la constellation du Dragon. Il s’agit d’une galaxie spirale vue par la tranche. 220 secondes de pose sur 2500 ISO au foyer du télescope T150/750. Deux galaxies discrètes sont également visibles près du bord supérieur gauche de la photo (NGC 5905 et NGC 5908).

NGC 5907 est située à une quarantaine de millions d’années-lumière du système solaire. Elle appartient au groupe de galaxies proches LGG 396 qui compte trois membres. Sa forme très effilée lui a donné le surnom de « Knife edge galaxy » (la galaxie de la lame de couteau).

Je l’avais déjà présentée dans un post précédent, il y a deux ans presque jour pour jour. J’annonçais à l’époque une distance de 60 millions d’années-lumière, mais 40 semble plus proche de la réalité.

L’échelle de l’Univers

M101 est une galaxie spirale située à une vingtaine de millions d’années lumière de nous. Elle se montre de face dans la constellation de la Grande Ourse, proche de l’étoile Alkaid qui marque l’extrémité du manche de la « Casserole ». Ses longs bras spiraux sont chargés d’étoiles, d’amas, de nébuleuses, de poussières interstellaires. Un Univers-île.

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M101, le 14 mai 2017. Somme de 16 clichés pris au télescope T150/750, pose totale de 5 minutes et 20 secondes, 2000 ISO. Au moins deux autres galaxies faible apparaissent sur le cliché.

Je me rends compte que je n’ai jamais illustré l’échelle de mes photos. Beaucoup d’objets que j’ai photographiés sont d’une taille apparente non négligeable par rapport à la taille apparente de la Lune. La photo ci-dessous est un « fake » (c’est à la mode !). J’ai superposé sur la photo de M101 une photo de la Lune prise au télescope le 6 mai 2017 avec exactement le même montage optique. On peut ainsi voir la taille apparente de la galaxie M101 et de la Lune vue avec le même agrandissement. Mais la Lune est à environ 380 000 km de nous, alors que la galaxie est à 20 millions d’années-lumière, soit environ 500000000000000 fois (0.5 billiards de fois) plus loin. L’espace qui nous sépare de M101 est vertigineux, et la taille de la galaxie aussi !

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Montage photo superposant un cliché de la Lune et un cliché de M101, tous deux pris au télescope T150/750 avec le même grandissement (le 6 mai 2017 pour la Lune). Le but est de montrer la taille de la galaxie sur le fond du ciel, c’est un « fake » pour la bonne cause…

Un drôle de zèbre

Le 6 mai 2017, Jupiter brille à gauche de la Lune. La combinaison de 9 images permet d’augmenter considérablement le contraste.

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Jupiter. Addition de 9 photos (800 ISO, pose totale de 9/60 s). Télescope T150/750 équipé d’un oculaire de 10 mm abaissée à 7 mm par une bague. Grandissement de 107X. Le 6 mai 2017.

Jupiter est la planète la plus grande du système solaire. Le globe est strié de bandes nuageuses dont l’origine est encore largement mystérieuse. Les bandes blanches correspondent à des nuages d’ammoniaque. Par convention, on appelle ces régions les « zones ». Les « bandes » sombres sont des nuages de plus basse altitude.

Jupiter est une géante gazeuse, elle ne présente pas de surface rocheuse.

Les veines lunaires

Le 6 mai 2017, le soleil se lève sur la mer des Humeurs. Ce grand bassin lunaire couvre 117 000 kilomètres carrés, environ la taille de l’Islande. Sur la côte nord de la mer, la plaine murée Gassendi s’illumine lentement. Le fond de Gassendi est encore dans l’ombre, mais le sommet de la montagne centrale est touché par l’aube. On aperçoit aussi très clairement les grandes formations veineuses qui tapissent le fond de la mer des Humeurs. Elles sont comme des vagues figées d’océans qui ne contiennent pas une goutte d’eau.

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La mer des Humeurs. T150/750, Grandissement de 107x, 1600 ISO, 1/80 s de pose. Le 6 mai 2017.

5 Lunes dans la brume

Quelques nappes de nuages traversent le ciel le soir du 7 mai, et renforcent l’impression d’immensité en diffusant la lumière de Séléné.

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La Lune dans les nuées nocturnes. On aperçoit Arcturus, l’étoile principale du Bouvier dans la trouée. Téléobjectif 18mm, F/D3.8, 2500 ISO, 1/30s. Le 7 mai 2017.

Quelques minutes plus tard, un halo apparaît autour de l’astre de la nuit, résultat de la diffusion et de la dispersion de la lumière par l’eau des nuages. Et Jupiter se montre, à 2 degrés du disque lunaire, à l’intérieur du cercle rougeâtre…

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La Lune et Jupiter dans les nuées. Jupiter est dans le halo, vers 17h par rapport au disque lunaire. Téléobjectif 70mm, 1000 ISO, F/D5, 1s de pose. Le 7 mai 2017. La mise au point est un peu approximative. Vraiment difficile de mettre au point à l’infini en manuel avec un téléobjectif…

Puis les nuages s’écartent, et je mets le télescope en action, pour capturer le rapprochement Lune-Jupiter.

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La Lune et Jupiter (sur le bord droit) à 2 degrés l’un de l’autre. Télescope T150/750, au foyer, 800 ISO, pose de 1/2000 s. Le 7 mai 2017.

En poussant un peu l’exposition, la Lune se voile dans la blancheur, mais les Lunes de Jupiter apparaissent… 5 Lunes sur le même cliché.

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La Lune, Jupiter et ses satellites. Le 7 mai 2017, télescope T150/750 au foyer, 800 ISO et 1/15s de pose.