A la sauvette…

Après un bon mois et demi de brumes, brouillards, nuées, voiles, nuages, nimbus et autres stratus, le ciel s’ouvre au petit matin glacial de ce 9 février. J’en profite pour prendre à la sauvette un cliché en direction du sud-est avec un grand angle de 18 mm de focale. La Lune s’impose au centre de l’image, à la frontière du Scorpion et d’Ophiuchus. Situé juste en-dessous (à 5h, dirait Indiana Jones), la planète Mars est en bonne place. L’étoile Antarès est à la verticale sous Mars. Elle a pris une curieuse couleur verdâtre, due à une gestion un peu folklorique des couleurs par l’appareil photo lorsqu’il est équipé d’un objectif. Quant à Jupiter, il est l’objet le plus brillant de l’image, au-dessus du pin parasol.

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Ciel matinal du 9 février 2018. Pose de 2 secondes, 2500 ISO, objectif de 18 mm. La Lune, Mars et Jupiter.

Le ciel étoilé me manque autant que le Soleil…

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Parité lunaire ?

Une photo de la Lune prise le soir du 25 décembre 2017, au foyer du télescope équipé d’un doubleur de focale.

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La Lune croissante. Le soir du 25 décembre 2017, télescope T150/750, barlow 2X, 1/160 secondes de pose, 3200 ISO.

L’occasion de montrer que la parité dans le ciel, c’est pas gagné… La carte ci-dessous donne le nom des Mers et chaînes de montagnes lunaires. Jusque-là, tout va bien. Quand on passe aux cratères, ça se complique. On ne donne aux cratères que des noms de personnages célèbres pour leur contribution dans le domaine des sciences et de la culture au sens large. Pas de place pour la politique, ni pour les conquérants. Et malheureusement, pas trop de place pour les femmes non plus…

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Même photo, avec un peu de nomenclature.
  • Cassini : Giovanni Domenico Cassini, 1625-1712, astronome franco-italien, grand observateur de Saturne. Un homme.
  • Aristillus : aux environs de 280 avant notre ère. Astronome de l’école grecque d’Alexandrie. Un autre homme.
  • Autolycus : astronome grec vers 330 avant notre ère. Toujours un homme.
  • Manilius : poète romain, premier siècle avant notre ère. Un homme…
  • Agrippa : astronome grec. Observa une occultation des Pléiades par la Lune en 92 avant notre ère. Un homme de plus.
  • Hipparchus : vers 140 avant notre ère, ce célèbre astronome grec (tiens, un homme) est l’auteur du premier catalogue stellaire. La cratère est mieux connu sous le nom du cirque « du Parc » par messieurs Dupont et Dupond : c’est le site d’alunissage de la fusée construite par le professeur Tournesol dans « Objectif Lune ».
  • Albategnius : Muhammed ben Geber al Batani, vers 850-929. Prince et astronome arabe. Un homme encore…
  • Werner : Johann Werner, astronome allemand (1468-1528). Un homme.
  • Aliacensis : Pierre d’Ailly (1350-1420), théologien et géographe français. Et un homme, un !
  • Walter : Bernard Walter, astronome allemand (1430-1505), un homme pour finir.

Bon, n’oublions pas que la plupart de ces noms ont été donnés il y a plusieurs siècles, à des époques où la question de la parité n’avait que peu de chance d’être soulevée… N’empêche, la parité n’est pas sélénographique… Heureusement que la Lune, elle, est féminine ! Et quand on y pense, les étoiles, les nébuleuses et les galaxies aussi !

Sur ce, bonne année 2018 à toutes et tous !

 

Source pour les nomenclatures : « La Lune, Vénus et Mars ». Antonin Rukl, éditions Gründ, 1976. Une petite merveille d’atlas lunaire pour l’astronome amateur.

Montagnes de la Lune

Les rivages de la Mer des Pluies sont particulièrement accidentés. On y voit la plus imposante chaîne de montagnes lunaires : les Appenins. Ils constituent le bord sud-est de la Mer des Pluies et peuvent atteindre 5000 m de hauteur. Les Appenins forment un grand arc de cercle dont le relief est révélé par les ombres projetées au lever du soleil. Le rivage nord-est est bordé par la chaîne des Alpes Lunaires. Moins imposantes que les Appenins Lunaires, les Alpes ne culminent qu’à 2600 m au-dessus de la plaine. Une longue vallée de 130 km coupe le massif de son trait rectiligne. Enfin, deux montagnes solitaires émergent de la mer des Pluies : le mont Pico (2400 m) et le mont Piton (2200 m).

La turbulence était forte le soir du 28 octobre. Impossible d’additionner les images. Je montre donc un cliché isolé (2500 ISO, 1/80 s).

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Les rivages de la Mer des Pluies. Les Appenins forment le grand arc de cercle en bas du cliché. Les Alpes et leur célèbre vallée sont en haut à droite. Télescope T150/750, oculaire de 7 mm, 2500 ISO, 1/80 s. Le 28 octobre 2017.

La Lune du Milieu

Toujours la nuit du 29 septembre 2017. La Lune tourne sur elle-même avec la même période que sa période de révolution autour de la Terre. Elle nous présente toujours la même face. La région qui s’étend autour du centre du disque lunaire montre des formations contrastées : des cratères d’impact majeurs comme Copernic, des montagnes comme les Apennins Lunaires, de grandes plaines murées comme Ptolémée, des grandes surfaces monotones comme le Golfe Torride.

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Région centrale du disque lunaire. Télescope T150/750 avec oculaire de 7 mm. Addition de 20 poses de 1/60s sur 2500 ISO. Assemblage et traitement avec logiciel Lynkeos.

La carte des lieux, l’étoile correspond au centre du disque (0° de latitude et 0° de longitude sélénographique).

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Tycho

Tycho Brahé est un astronome danois, né en 1546. Il est le fils du gouverneur d’Helsingborg. Personnage haut en couleurs, Tycho a perdu son nez dans un duel à l’épée avec un étudiant, suite à un désaccord mathématique. Depuis cet épisode, il porte un nez de remplacement en or et argent. En 1572, il observe à l’œil nu l’apparition d’une nouvelle étoile dans le ciel. Il s’agit d’une étoile qui vient de finir sa vie en brillante supernova. Elle sera visible en plein jour pendant 18 mois. Une nouvelle étoile dans le ciel que l’on croyait jusqu’alors immuable … !

Suite à la lecture de son livre consacré à cette nouvelle étoile (« De Stella Nova »), Frédéric II, roi du Danemark, lui offre une île au large de Copenhague pour y construire un observatoire astronomique : l’île de Hveen. Il y observe le ciel nocturne pendant de longues années. Le télescope n’existe pas encore, et Tycho invente des instruments qui lui permettent de mesurer les mouvements des planètes  avec une précision inégalée.

Tycho Brahé meurt en 1601, des suites d’une infection urinaire.

C’est en étudiant ses carnets d’observation que Johannes Kepler décrira mathématiquement le mouvement des planètes.

L’un des plus beaux cratères lunaires porte le nom de Tycho, en mémoire de son immense contribution à notre compréhension de l’Univers. Ce cratère est le centre d’un système de rayonnement qui s’étale sur une bonne partie de la surface lunaire.

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La région de Tycho, au sud de la Mer des Nuées. Tycho est le cratère bien marqué, à gauche du centre, avec une montagne centrale de 1600 m d’altitude. Le cratère fait 85 km de diamètre, les remparts en escalier font 4800 m d’altitude. Addition de 13 photos , 1/60 s de pose, 2500 ISO, télescope T150/750, avec oculaire de 7 mm de focale. Traitement avec le logiciel Lynkeos (premier essai). Le 29/09/2017.

Florence

Les astéroïdes sont des masses rocheuses qui se promènent dans le système solaire. De temps à autre, la trajectoire de certains de ces astéroïdes croisent l’orbite de la Terre. On les appellent des « géocroiseurs ». Tous les quelques millions d’années, certains de ces géocroiseurs entrent en collision avec la Terre. Si leur taille est de l’ordre de plus d’un km, la force de l’impact provoque des bouleversements environnementaux majeurs. De tels astéroïdes sont des tueurs. Les dinosaures s’en souviennent : leur disparition est liée, au moins en partie, à l’impact d’un astéroïde d’une dizaine de km, il y a 65 millions d’années, dans l’actuel Golfe du Mexique.

L’après-midi du 1er septembre 2017, 3122-Florence s’est approché de la Terre à seulement 7 millions de kilomètres. Sa taille est de 4.3 km, de quoi faire pas mal de dégâts en cas de collision. Je l’ai traqué le soir du 2 septembre, alors qu’il s’éloignait déjà de nous. D’abord, repérer la région où il se trouve, à partir des cartes détaillées fournies par le site de « Sky and Telescope ». L’astéroïde se trouvait juste sous le dauphin, très haut dans le ciel. J’ai pris 18 photos au foyer du télescope, chacune posée 15 secondes avec entraînement équatorial, et avec un intervalle de 2 minutes entre chaque prise de vue. On voit très clairement 3122-Florence se déplacer sur le fond des étoiles fixes. C’est la première fois que j’observe un astéroïde. Le trouver a été un coup de chance compte-tenu de sa magnitude 9 (largement sous la visibilité à l’œil nu), et du petit champ du télescope. Florence est en haut, et se déplace de droite à gauche. Je donne une version gif animée et une version youtube. Le rendu n’est pas terrible, j’essaie de faire mieux dans les jours qui viennent.

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Animation de 18 photographies prisent au foyer du télescope T150/750 le soir du 2 septembre 2017. 15 secondes de pose chacune sur 1600 ISO, avec 2 minutes d’intervalle entre chaque image. La séquence complète couvre environ 40 minutes.

 

Tous ces petits points qui se baladent au-dessus de nos têtes, tranquillement… et qui tombent parfois…

Filante

Au milieu de l’été, la Terre croise chaque année les débris de la comète Swift-Tuttle. De la taille maximale d’un petit pois, ces petits morceaux de roche extraterrestres plongent dans l’atmosphère à une vitesse proche de 60 km/s. Le frottement de l’air les enflamme à une centaine de kilomètres d’altitude et transforme ces débris cométaires en étoiles filantes. Comme la Terre vient à la rencontre du nuage de débris, les étoiles filantes du mois d’août semblent toutes émerger d’une région située dans la constellation de Persée si on prolonge les trajectoires à rebours. C’est un effet de perspective. C’est la raison pour laquelle cet essaim d’étoiles filantes porte le nom de Perséides.

Les Perséides sont des étoiles filantes très rapides. Certaines sont très brillantes, avec parfois des traînées persistantes pendant plusieurs secondes.

Soirée du 12 août 2017. Je fixe l’appareil photo sur le dos du télescope. Comme les filantes peuvent surgir à peu près n’importe où dans le ciel, je pointe le zénith, je choisis une focale courte (28 mm) et j’enchaîne les poses de 30 secondes. Sur une centaine de clichés, j’ai capté une étoile filante très brillante, qui semble foncer vers Véga. Quelques nuages ont défilé pendant la pose.

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Sur fond de Voie Lactée, et au-dessus des nuages terrestres, une étoile filante des Perséides (coin supérieur droit). Le 12 août 2017, focale de 28 mm, 2000 ISO, 30 secondes de pose avec entraînement équatorial. Le viseur et le tube du télescope apparaissent au premier plan.