Filante

Au milieu de l’été, la Terre croise chaque année les débris de la comète Swift-Tuttle. De la taille maximale d’un petit pois, ces petits morceaux de roche extraterrestres plongent dans l’atmosphère à une vitesse proche de 60 km/s. Le frottement de l’air les enflamme à une centaine de kilomètres d’altitude et transforme ces débris cométaires en étoiles filantes. Comme la Terre vient à la rencontre du nuage de débris, les étoiles filantes du mois d’août semblent toutes émerger d’une région située dans la constellation de Persée si on prolonge les trajectoires à rebours. C’est un effet de perspective. C’est la raison pour laquelle cet essaim d’étoiles filantes porte le nom de Perséides.

Les Perséides sont des étoiles filantes très rapides. Certaines sont très brillantes, avec parfois des traînées persistantes pendant plusieurs secondes.

Soirée du 12 août 2017. Je fixe l’appareil photo sur le dos du télescope. Comme les filantes peuvent surgir à peu près n’importe où dans le ciel, je pointe le zénith, je choisis une focale courte (28 mm) et j’enchaîne les poses de 30 secondes. Sur une centaine de clichés, j’ai capté une étoile filante très brillante, qui semble foncer vers Véga. Quelques nuages ont défilé pendant la pose.

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Sur fond de Voie Lactée, et au-dessus des nuages terrestres, une étoile filante des Perséides (coin supérieur droit). Le 12 août 2017, focale de 28 mm, 2000 ISO, 30 secondes de pose avec entraînement équatorial. Le viseur et le tube du télescope apparaissent au premier plan.

Ballade en Mer des Nuées

Deux jours après le premier quartier de Lune, la partie occidentale de la Mer des Nuées sort de l’ombre. L’œil est immédiatement attiré par le cirque Bullialdus : 59 km de diamètre, des remparts en terrasse hauts de 3500 m, une magnifique montagne centrale.

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Partie occidentale de la Mer des Nuées. Le 3 juin 2017, télescope T150/750, 1/100 s sur 1600 ISO. Oculaire de 10 mm avec une bague d’extension.

Une carte de la partie centrale. La limite de résolution de la photo est d’environ 6.5 km (le cratère Kies E). L’œil à l’oculaire, on descend à environ 2.5 km.

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Eclat

Une photo de la rencontre de deux mondes. Un peu plus haut que le centre de l’image, on aperçoit NGC 4684, une galaxie spirale barrée situé à proximité de l’étoile Porrima (gamma de la Vierge). Elle contient des milliards d’étoiles, mais sa distance la rend extrêmement discrète : sa magnitude est d’environ 12.0. Sa distance au système solaire est assez mal connue, comprise entre 45 et 90 millions d’années-lumière. L’Univers étant en expansion, elle s’éloigne de nous à la vitesse stupéfiante de 1500 km chaque seconde.

Et Jupiter s’invite sur la photo ! La plus grosse planète du système solaire est en vadrouille dans la Vierge. Elle est située à 800 millions de kilomètres et sa magnitude est de -1.5. La distance qui sépare NGC 4684 de nous est environ 700 milliards de fois celle qui nous sépare de Jupiter. Résultat, bien que infiniment plus petit que la galaxie, Jupiter est aveuglant sur le cliché ; il apparaît 100 000 fois plus brillant que la galaxie.

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La galaxie NGC 4684, au-dessus du centre de la photo, et Jupiter complètement surexposé. L’étoile brillante située à 11h de Jupiter est en fait une des lunes galiléennes de la planète géante (Callisto, marqué aussi par des aigrettes de diffraction, comme Jupiter). Les 3 autres sont noyées dans le halo de lumière. Le 17 juin 2017, télescope T150/750, somme de 8 images pour une pose totale de 160 secondes.

Un drôle de zèbre

Le 6 mai 2017, Jupiter brille à gauche de la Lune. La combinaison de 9 images permet d’augmenter considérablement le contraste.

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Jupiter. Addition de 9 photos (800 ISO, pose totale de 9/60 s). Télescope T150/750 équipé d’un oculaire de 10 mm abaissée à 7 mm par une bague. Grandissement de 107X. Le 6 mai 2017.

Jupiter est la planète la plus grande du système solaire. Le globe est strié de bandes nuageuses dont l’origine est encore largement mystérieuse. Les bandes blanches correspondent à des nuages d’ammoniaque. Par convention, on appelle ces régions les « zones ». Les « bandes » sombres sont des nuages de plus basse altitude.

Jupiter est une géante gazeuse, elle ne présente pas de surface rocheuse.

Les veines lunaires

Le 6 mai 2017, le soleil se lève sur la mer des Humeurs. Ce grand bassin lunaire couvre 117 000 kilomètres carrés, environ la taille de l’Islande. Sur la côte nord de la mer, la plaine murée Gassendi s’illumine lentement. Le fond de Gassendi est encore dans l’ombre, mais le sommet de la montagne centrale est touché par l’aube. On aperçoit aussi très clairement les grandes formations veineuses qui tapissent le fond de la mer des Humeurs. Elles sont comme des vagues figées d’océans qui ne contiennent pas une goutte d’eau.

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La mer des Humeurs. T150/750, Grandissement de 107x, 1600 ISO, 1/80 s de pose. Le 6 mai 2017.

5 Lunes dans la brume

Quelques nappes de nuages traversent le ciel le soir du 7 mai, et renforcent l’impression d’immensité en diffusant la lumière de Séléné.

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La Lune dans les nuées nocturnes. On aperçoit Arcturus, l’étoile principale du Bouvier dans la trouée. Téléobjectif 18mm, F/D3.8, 2500 ISO, 1/30s. Le 7 mai 2017.

Quelques minutes plus tard, un halo apparaît autour de l’astre de la nuit, résultat de la diffusion et de la dispersion de la lumière par l’eau des nuages. Et Jupiter se montre, à 2 degrés du disque lunaire, à l’intérieur du cercle rougeâtre…

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La Lune et Jupiter dans les nuées. Jupiter est dans le halo, vers 17h par rapport au disque lunaire. Téléobjectif 70mm, 1000 ISO, F/D5, 1s de pose. Le 7 mai 2017. La mise au point est un peu approximative. Vraiment difficile de mettre au point à l’infini en manuel avec un téléobjectif…

Puis les nuages s’écartent, et je mets le télescope en action, pour capturer le rapprochement Lune-Jupiter.

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La Lune et Jupiter (sur le bord droit) à 2 degrés l’un de l’autre. Télescope T150/750, au foyer, 800 ISO, pose de 1/2000 s. Le 7 mai 2017.

En poussant un peu l’exposition, la Lune se voile dans la blancheur, mais les Lunes de Jupiter apparaissent… 5 Lunes sur le même cliché.

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La Lune, Jupiter et ses satellites. Le 7 mai 2017, télescope T150/750 au foyer, 800 ISO et 1/15s de pose.

Tempête rouge

Jupiter se lève à l’Est. La planète géante est chaque soir un peu plus haute sur l’horizon. Le diamètre de la planète est d’environ 140 000 km, contre 12 800 km pour la Terre. Jupiter est une géante gazeuse constituée essentiellement d’hydrogène. Même avec un petit télescope, on voit facilement les bandes nuageuses qui strient le globe. L’atmosphère de Jupiter est également parcourue par des tempêtes gigantesques qui peuvent persister plusieurs siècles. La plus étendue est la « Grande Tache Rouge ». Situé à 20° de latitude sud, ce tourbillon gazeux fait environ 20 000 km de diamètre et pourrait engloutir la Terre.

Je n’ai jamais réussi à capturer la Grande Tache Rouge, essentiellement par manque de focale, et donc de grandissement. Je tente le coup en ajoutant un oculaire de 10 mm de focale, auquel j’ajoute une bague de 28 mm pour atteindre 7 mm de focale. Et je fixe l’appareil photo au bout de ce long tube assez improbable. Le tout fournit un grandissement d’environ 110 X. Reste à soigner la mise au point et surtout à vaincre une partie de la turbulence atmosphérique. Jupiter est brillant, je peux me permettre des poses courtes : j’opte pour une sensibilité de 400 ISO et des poses de 1/13 s, après de nombreux essais.

Et l’œil rouge de Jupiter me fixe par-delà les espaces béants…

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Jupiter, le 11 avril 2017 vers 22h30 locales (20h30 temps universel). Grandissement de 107 X, télescope T150/750, 400 ISO, addition de 4 photos, chacune à 1/13 s de pose. La Grande Tâche Rouge est visible juste sous la bande de nuages équatoriale sud. La bande nord est parcourue de turbulences. La photo n’a subi aucun traitement des couleurs. C’est comme si vous y étiez ! L’aspect bleuâtre d’un des bords du disque est lié à un peu de dispersion chromatique inhérente au montage optique.