Montagnes de la Lune

Les rivages de la Mer des Pluies sont particulièrement accidentés. On y voit la plus imposante chaîne de montagnes lunaires : les Appenins. Ils constituent le bord sud-est de la Mer des Pluies et peuvent atteindre 5000 m de hauteur. Les Appenins forment un grand arc de cercle dont le relief est révélé par les ombres projetées au lever du soleil. Le rivage nord-est est bordé par la chaîne des Alpes Lunaires. Moins imposantes que les Appenins Lunaires, les Alpes ne culminent qu’à 2600 m au-dessus de la plaine. Une longue vallée de 130 km coupe le massif de son trait rectiligne. Enfin, deux montagnes solitaires émergent de la mer des Pluies : le mont Pico (2400 m) et le mont Piton (2200 m).

La turbulence était forte le soir du 28 octobre. Impossible d’additionner les images. Je montre donc un cliché isolé (2500 ISO, 1/80 s).

alp_vally33PSz
Les rivages de la Mer des Pluies. Les Appenins forment le grand arc de cercle en bas du cliché. Les Alpes et leur célèbre vallée sont en haut à droite. Télescope T150/750, oculaire de 7 mm, 2500 ISO, 1/80 s. Le 28 octobre 2017.
Publicités

La Lune du Milieu

Toujours la nuit du 29 septembre 2017. La Lune tourne sur elle-même avec la même période que sa période de révolution autour de la Terre. Elle nous présente toujours la même face. La région qui s’étend autour du centre du disque lunaire montre des formations contrastées : des cratères d’impact majeurs comme Copernic, des montagnes comme les Apennins Lunaires, de grandes plaines murées comme Ptolémée, des grandes surfaces monotones comme le Golfe Torride.

cop
Région centrale du disque lunaire. Télescope T150/750 avec oculaire de 7 mm. Addition de 20 poses de 1/60s sur 2500 ISO. Assemblage et traitement avec logiciel Lynkeos.

La carte des lieux, l’étoile correspond au centre du disque (0° de latitude et 0° de longitude sélénographique).

cop_map_hr

Tycho

Tycho Brahé est un astronome danois, né en 1546. Il est le fils du gouverneur d’Helsingborg. Personnage haut en couleurs, Tycho a perdu son nez dans un duel à l’épée avec un étudiant, suite à un désaccord mathématique. Depuis cet épisode, il porte un nez de remplacement en or et argent. En 1572, il observe à l’œil nu l’apparition d’une nouvelle étoile dans le ciel. Il s’agit d’une étoile qui vient de finir sa vie en brillante supernova. Elle sera visible en plein jour pendant 18 mois. Une nouvelle étoile dans le ciel que l’on croyait jusqu’alors immuable … !

Suite à la lecture de son livre consacré à cette nouvelle étoile (« De Stella Nova »), Frédéric II, roi du Danemark, lui offre une île au large de Copenhague pour y construire un observatoire astronomique : l’île de Hveen. Il y observe le ciel nocturne pendant de longues années. Le télescope n’existe pas encore, et Tycho invente des instruments qui lui permettent de mesurer les mouvements des planètes  avec une précision inégalée.

Tycho Brahé meurt en 1601, des suites d’une infection urinaire.

C’est en étudiant ses carnets d’observation que Johannes Kepler décrira mathématiquement le mouvement des planètes.

L’un des plus beaux cratères lunaires porte le nom de Tycho, en mémoire de son immense contribution à notre compréhension de l’Univers. Ce cratère est le centre d’un système de rayonnement qui s’étale sur une bonne partie de la surface lunaire.

tycho
La région de Tycho, au sud de la Mer des Nuées. Tycho est le cratère bien marqué, à gauche du centre, avec une montagne centrale de 1600 m d’altitude. Le cratère fait 85 km de diamètre, les remparts en escalier font 4800 m d’altitude. Addition de 13 photos , 1/60 s de pose, 2500 ISO, télescope T150/750, avec oculaire de 7 mm de focale. Traitement avec le logiciel Lynkeos (premier essai). Le 29/09/2017.

Florence

Les astéroïdes sont des masses rocheuses qui se promènent dans le système solaire. De temps à autre, la trajectoire de certains de ces astéroïdes croisent l’orbite de la Terre. On les appellent des « géocroiseurs ». Tous les quelques millions d’années, certains de ces géocroiseurs entrent en collision avec la Terre. Si leur taille est de l’ordre de plus d’un km, la force de l’impact provoque des bouleversements environnementaux majeurs. De tels astéroïdes sont des tueurs. Les dinosaures s’en souviennent : leur disparition est liée, au moins en partie, à l’impact d’un astéroïde d’une dizaine de km, il y a 65 millions d’années, dans l’actuel Golfe du Mexique.

L’après-midi du 1er septembre 2017, 3122-Florence s’est approché de la Terre à seulement 7 millions de kilomètres. Sa taille est de 4.3 km, de quoi faire pas mal de dégâts en cas de collision. Je l’ai traqué le soir du 2 septembre, alors qu’il s’éloignait déjà de nous. D’abord, repérer la région où il se trouve, à partir des cartes détaillées fournies par le site de « Sky and Telescope ». L’astéroïde se trouvait juste sous le dauphin, très haut dans le ciel. J’ai pris 18 photos au foyer du télescope, chacune posée 15 secondes avec entraînement équatorial, et avec un intervalle de 2 minutes entre chaque prise de vue. On voit très clairement 3122-Florence se déplacer sur le fond des étoiles fixes. C’est la première fois que j’observe un astéroïde. Le trouver a été un coup de chance compte-tenu de sa magnitude 9 (largement sous la visibilité à l’œil nu), et du petit champ du télescope. Florence est en haut, et se déplace de droite à gauche. Je donne une version gif animée et une version youtube. Le rendu n’est pas terrible, j’essaie de faire mieux dans les jours qui viennent.

florence
Animation de 18 photographies prisent au foyer du télescope T150/750 le soir du 2 septembre 2017. 15 secondes de pose chacune sur 1600 ISO, avec 2 minutes d’intervalle entre chaque image. La séquence complète couvre environ 40 minutes.

 

Tous ces petits points qui se baladent au-dessus de nos têtes, tranquillement… et qui tombent parfois…

Filante

Au milieu de l’été, la Terre croise chaque année les débris de la comète Swift-Tuttle. De la taille maximale d’un petit pois, ces petits morceaux de roche extraterrestres plongent dans l’atmosphère à une vitesse proche de 60 km/s. Le frottement de l’air les enflamme à une centaine de kilomètres d’altitude et transforme ces débris cométaires en étoiles filantes. Comme la Terre vient à la rencontre du nuage de débris, les étoiles filantes du mois d’août semblent toutes émerger d’une région située dans la constellation de Persée si on prolonge les trajectoires à rebours. C’est un effet de perspective. C’est la raison pour laquelle cet essaim d’étoiles filantes porte le nom de Perséides.

Les Perséides sont des étoiles filantes très rapides. Certaines sont très brillantes, avec parfois des traînées persistantes pendant plusieurs secondes.

Soirée du 12 août 2017. Je fixe l’appareil photo sur le dos du télescope. Comme les filantes peuvent surgir à peu près n’importe où dans le ciel, je pointe le zénith, je choisis une focale courte (28 mm) et j’enchaîne les poses de 30 secondes. Sur une centaine de clichés, j’ai capté une étoile filante très brillante, qui semble foncer vers Véga. Quelques nuages ont défilé pendant la pose.

DSC_0040
Sur fond de Voie Lactée, et au-dessus des nuages terrestres, une étoile filante des Perséides (coin supérieur droit). Le 12 août 2017, focale de 28 mm, 2000 ISO, 30 secondes de pose avec entraînement équatorial. Le viseur et le tube du télescope apparaissent au premier plan.

Ballade en Mer des Nuées

Deux jours après le premier quartier de Lune, la partie occidentale de la Mer des Nuées sort de l’ombre. L’œil est immédiatement attiré par le cirque Bullialdus : 59 km de diamètre, des remparts en terrasse hauts de 3500 m, une magnifique montagne centrale.

crat009
Partie occidentale de la Mer des Nuées. Le 3 juin 2017, télescope T150/750, 1/100 s sur 1600 ISO. Oculaire de 10 mm avec une bague d’extension.

Une carte de la partie centrale. La limite de résolution de la photo est d’environ 6.5 km (le cratère Kies E). L’œil à l’oculaire, on descend à environ 2.5 km.

bullialdus.001

Eclat

Une photo de la rencontre de deux mondes. Un peu plus haut que le centre de l’image, on aperçoit NGC 4684, une galaxie spirale barrée situé à proximité de l’étoile Porrima (gamma de la Vierge). Elle contient des milliards d’étoiles, mais sa distance la rend extrêmement discrète : sa magnitude est d’environ 12.0. Sa distance au système solaire est assez mal connue, comprise entre 45 et 90 millions d’années-lumière. L’Univers étant en expansion, elle s’éloigne de nous à la vitesse stupéfiante de 1500 km chaque seconde.

Et Jupiter s’invite sur la photo ! La plus grosse planète du système solaire est en vadrouille dans la Vierge. Elle est située à 800 millions de kilomètres et sa magnitude est de -1.5. La distance qui sépare NGC 4684 de nous est environ 700 milliards de fois celle qui nous sépare de Jupiter. Résultat, bien que infiniment plus petit que la galaxie, Jupiter est aveuglant sur le cliché ; il apparaît 100 000 fois plus brillant que la galaxie.

ngc4684_8im
La galaxie NGC 4684, au-dessus du centre de la photo, et Jupiter complètement surexposé. L’étoile brillante située à 11h de Jupiter est en fait une des lunes galiléennes de la planète géante (Callisto, marqué aussi par des aigrettes de diffraction, comme Jupiter). Les 3 autres sont noyées dans le halo de lumière. Le 17 juin 2017, télescope T150/750, somme de 8 images pour une pose totale de 160 secondes.