Planètes et nébuleuses planétaires

Ciel ouvert le soir du 31 mai 2018. Quelques heures de répit avant le lever d’une grosse Lune gibbeuse aux alentours de minuit. Jupiter brille en direction du sud-est, à environ 30° au-dessus de l’horizon. Cette fois-ci, je me lâche: je prends une série de 67 photos à 1/30s sur 1600 ISO. Le lendemain, je les assemble avec le logiciel SiriL, en ne gardant que les 34 clichés les moins touchés par la turbulence atmosphérique. On commence à voir des détails dans les bandes nuageuses, et la Grande Tâche Rouge est visible proche du limbe de la planète.

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Jupiter, le 31 mai 2018 vers 23h locale (21h Temps Universel). Superposition de 34 photos prises au télescope T150/750, 1/30s de pose chacune sur 1600 ISO. La Grande Tâche Rouge est bien visible. Le halo bleu sur le bord gauche de la planète est lié à un léger défaut d’alignement de l’oculaire, provoqué par le poids du boîtier photo.

Une fois Jupiter en boîte, je pointe le télescope sur la nébuleuse du Hibou (M97), dans la constellation de la Grande Ourse. Elle est facile à trouver, à 2h10mn à l’ouest de Alcor et Mizar, le couple d’étoiles qui marque le milieu du manche de la « Grande Casserole ». Par contre, elle ne se laisse pas photographier facilement. Il s’agit d’un nébuleuse planétaire, ainsi nommée car elle apparaît comme un petit disque, comme une planète. Mais il s’agit en fait des couches externes d’une étoile en fin de vie, qui se diluent dans l’espace interstellaire. Elle est située largement au-delà du système solaire, à 2000 années-lumière. Par comparaison, Jupiter (une vraie planète) se trouve à environ 45 minutes-lumière de la Terre…

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M97, le 31 mai 2018. Addition de 6 photos, 2000 ISO, pose totale de 3 minutes.

La Lune se lève, inondant rapidement le ciel de sa lumière. Juste le temps de prendre 7 photos de la nébuleuse. Clairement trop peu. A refaire.

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Excursion

Je vous emmène sur l’une des plus belles régions de la Lune.

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La Lune. Addition de 10 photos prises le soir du 22 mai 2018. Télescope T150/750, oculaire de 10mm et Barlow 2X. Pose de 1/40s sur 2000 ISO pour chaque photo. Assemblage sous SiriL.

Partant du bas de la photo, nous suivons d’abord la massive chaîne montagneuse des Apennins lunaires qui projette ses contreforts vers le Nord pour finir au Promontoire Fresnel. De là, si notre regard se tourne vers la droite, nous voyons les vastes étendues planes de la Mer de la Sérénité. A gauche s’étend la Mer des Pluies. Deux cratères d’impact sont bien visibles de ce côté : Aristillus et Autolycus. Le fond de ces cratères baigne encore dans la nuit, mais les remparts qui s’élèvent à plus de 3000 mètres interceptent la lumière de l’aube lunaire..

Retour au Promontoire Fresnel. Nous traversons la zone plate pour atteindre les reliefs des Monts du Caucase lunaire. Continuant notre remontée vers le Nord, nous voyons se dresser les Alpes lunaires au loin, sur notre gauche. Elles culminent à 3600 mètres au-dessus des rivages nord de la Mer des Pluies. Une longue vallée rectiligne coupe les Alpes sur une distance de 130 km. Entre le Caucase et les Alpes, notre regard est accroché par le curieux cratère Cassini. Ses remparts ne s’élève qu’à 1200 mètres d’altitude, mais le fond est marqué par le petit cratère Cassini A (17 km de diamètre). A gauche de Cassini, très proche de la ligne de séparation du jour et de la nuit sélène, se dresse le mont Piton, montagne solitaire haute de 2200 mètres et qui projette son ombre sur la plaine.

Nuées terrestres et joviennes

Pas terrible, le printemps 2018 dans le Sud-Ouest. Il faut guetter les quelques heures de répit entre deux épisodes pluvieux depuis environ trois semaines. Le soir du 18 mai, je me faufile entre un voile de brume d’altitude qui se dissout partiellement en soirée et l’arrivée d’orages en seconde partie de nuit.

Répondant au croissant lunaire qui file vers le couchant, Jupiter se lève à l’est. Je profite d’un ciel plutôt faiblement turbulent pour prendre 26 clichés du disque de la plus grosse planète du système solaire.

Un grillon s’est installé dans le jardin, à moins de deux mètres de l’endroit où je plante le télescope. D’abord méfiant vis-à-vis de cet humain qui circule à des heures indues près de son repère, le grillon se tait. Puis, au bout d’une dizaine de minutes, il doit comprendre qu’un observateur du ciel ne représente aucun danger pour la faune nocturne. Et il reprend son chant à pleine puissance, couvrant les doux appels des crapauds accoucheurs installé en contrebas près du ruisseau. Et bien, je peux vous dire qu’un gros gryllus campestris, ça fait vraiment beaucoup de bruit…

Revenons à Jupiter. Je teste pour la première fois un logiciel d’assemblage automatique des images (SIRIL, disponible gratuitement en ligne). Bien que l’image résultante soit détériorée par la fine couche de brume d’altitude, le résultat est plutôt encourageant. Et le logiciel permet de réaliser des superpositions beaucoup plus précises par rapport à ce que je faisais « à la main » sous Photoshop.

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Le disque de Jupiter. On voit clairement les bandes de nuages qui strient la planète. La grande tache rouge se trouve sur la bande de nuages au nord de l’équateur. On voit la déformation qu’elle provoque. La couleur très jaune est liée à la position proche de l’horizon de Jupiter. Le 18 mai 2018, assemblage de 26 clichés pris au télescope T150/750, oculaire de 10 mm et Barlow 2X (grandissement d’environ 150 fois). 2000 ISO, 1/60s de pose pour chaque image.
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La même image en noir et blanc, plus contrastée.

Vers 23h30 (heure locale), des éclairs commencent à illuminer le ciel. Les orages se développent sur les coteaux au nord du Tarn. Je rentre le télescope.

Gassendi

Jeudi soir 26 avril 2018. La Lune est en phase gibbeuse, entre le premier quartier et la pleine Lune. Le cirque Gassendi attire de suite l’œil. Peu profond, il est parcouru de fines crevasses qui semblent concentriques, et qui lui donne un air de pierre précieuse sertie dans une bague.

Je tente un montage optique pour partager ma vision. J’utilise une lentille de Barlow doublant la focale du télescope, j’ajoute une bague de 28 mm à l’oculaire Hypérion de 10 mm de focale. Le tout donne un tube d’environ 15 ou 20 cm de long sur le porte-oculaire, et je fixe l’appareil photo tout au bout. J’atteins un grandissement d’environ 200X, mais je perds beaucoup de lumière. Je suis obligé de monter à 2500 ISO pour garder un temps de pose assez court (1/40 s) afin d’éviter de noyer l’image dans la turbulence atmosphérique. Le problème, c’est l’alignement du montage optique qui n’est pas parfait à cause du porte-à-faux trop important. J’obtiens une photo raisonnable, mais les fines crevasses de Gassendi sont perdues dans l’imperfection du montage.

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La région du cirque Gassendi. Le 26 avril 2018, T150/750 + Barlow2X + oculaire 10 mm + bague de 28 mm. Grandissement d’environ 200X. 2500 ISO, 1/40 s.

Gassendi est le cratère le plus marqué de l’image. Il fait 110 km de diamètre. Ses remparts sont hauts de 1860 m. On voit bien les montagnes centrales. A gauche de Gassendi, la grande cuvette circulaire est la Mer des Humeurs, dont la taille (117 000 km2) est proche de celle de l’Islande. A droite sur le cliché, on pénètre dans l’Océan des Tempêtes. Les plus petits détails visibles sur le cliché font 3 ou 4 km de taille.

A la sauvette…

Après un bon mois et demi de brumes, brouillards, nuées, voiles, nuages, nimbus et autres stratus, le ciel s’ouvre au petit matin glacial de ce 9 février. J’en profite pour prendre à la sauvette un cliché en direction du sud-est avec un grand angle de 18 mm de focale. La Lune s’impose au centre de l’image, à la frontière du Scorpion et d’Ophiuchus. Situé juste en-dessous (à 5h, dirait Indiana Jones), la planète Mars est en bonne place. L’étoile Antarès est à la verticale sous Mars. Elle a pris une curieuse couleur verdâtre, due à une gestion un peu folklorique des couleurs par l’appareil photo lorsqu’il est équipé d’un objectif. Quant à Jupiter, il est l’objet le plus brillant de l’image, au-dessus du pin parasol.

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Ciel matinal du 9 février 2018. Pose de 2 secondes, 2500 ISO, objectif de 18 mm. La Lune, Mars et Jupiter.

Le ciel étoilé me manque autant que le Soleil…

Parité lunaire ?

Une photo de la Lune prise le soir du 25 décembre 2017, au foyer du télescope équipé d’un doubleur de focale.

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La Lune croissante. Le soir du 25 décembre 2017, télescope T150/750, barlow 2X, 1/160 secondes de pose, 3200 ISO.

L’occasion de montrer que la parité dans le ciel, c’est pas gagné… La carte ci-dessous donne le nom des Mers et chaînes de montagnes lunaires. Jusque-là, tout va bien. Quand on passe aux cratères, ça se complique. On ne donne aux cratères que des noms de personnages célèbres pour leur contribution dans le domaine des sciences et de la culture au sens large. Pas de place pour la politique, ni pour les conquérants. Et malheureusement, pas trop de place pour les femmes non plus…

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Même photo, avec un peu de nomenclature.
  • Cassini : Giovanni Domenico Cassini, 1625-1712, astronome franco-italien, grand observateur de Saturne. Un homme.
  • Aristillus : aux environs de 280 avant notre ère. Astronome de l’école grecque d’Alexandrie. Un autre homme.
  • Autolycus : astronome grec vers 330 avant notre ère. Toujours un homme.
  • Manilius : poète romain, premier siècle avant notre ère. Un homme…
  • Agrippa : astronome grec. Observa une occultation des Pléiades par la Lune en 92 avant notre ère. Un homme de plus.
  • Hipparchus : vers 140 avant notre ère, ce célèbre astronome grec (tiens, un homme) est l’auteur du premier catalogue stellaire. La cratère est mieux connu sous le nom du cirque « du Parc » par messieurs Dupont et Dupond : c’est le site d’alunissage de la fusée construite par le professeur Tournesol dans « Objectif Lune ».
  • Albategnius : Muhammed ben Geber al Batani, vers 850-929. Prince et astronome arabe. Un homme encore…
  • Werner : Johann Werner, astronome allemand (1468-1528). Un homme.
  • Aliacensis : Pierre d’Ailly (1350-1420), théologien et géographe français. Et un homme, un !
  • Walter : Bernard Walter, astronome allemand (1430-1505), un homme pour finir.

Bon, n’oublions pas que la plupart de ces noms ont été donnés il y a plusieurs siècles, à des époques où la question de la parité n’avait que peu de chance d’être soulevée… N’empêche, la parité n’est pas sélénographique… Heureusement que la Lune, elle, est féminine ! Et quand on y pense, les étoiles, les nébuleuses et les galaxies aussi !

Sur ce, bonne année 2018 à toutes et tous !

 

Source pour les nomenclatures : « La Lune, Vénus et Mars ». Antonin Rukl, éditions Gründ, 1976. Une petite merveille d’atlas lunaire pour l’astronome amateur.

Montagnes de la Lune

Les rivages de la Mer des Pluies sont particulièrement accidentés. On y voit la plus imposante chaîne de montagnes lunaires : les Appenins. Ils constituent le bord sud-est de la Mer des Pluies et peuvent atteindre 5000 m de hauteur. Les Appenins forment un grand arc de cercle dont le relief est révélé par les ombres projetées au lever du soleil. Le rivage nord-est est bordé par la chaîne des Alpes Lunaires. Moins imposantes que les Appenins Lunaires, les Alpes ne culminent qu’à 2600 m au-dessus de la plaine. Une longue vallée de 130 km coupe le massif de son trait rectiligne. Enfin, deux montagnes solitaires émergent de la mer des Pluies : le mont Pico (2400 m) et le mont Piton (2200 m).

La turbulence était forte le soir du 28 octobre. Impossible d’additionner les images. Je montre donc un cliché isolé (2500 ISO, 1/80 s).

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Les rivages de la Mer des Pluies. Les Appenins forment le grand arc de cercle en bas du cliché. Les Alpes et leur célèbre vallée sont en haut à droite. Télescope T150/750, oculaire de 7 mm, 2500 ISO, 1/80 s. Le 28 octobre 2017.