Crâne céleste

Retour sur une observation du 14 octobre 2017. La constellation de la Baleine est un vaste assemblage d’étoiles peu brillantes. Seule Diphda se détache sur le fond du ciel, basse sur l’horizon sud-est. Au nord de Diphda se trouve une nébuleuse planétaire située à 1600 années-lumière de nous : NGC 246, appelée « la nébuleuse du Crâne ». On assiste en direct à la lente dissolution d’une étoile en fin de vie. Elle libère sa matière en la rendant au vide interstellaire, non sans l’avoir enrichie pendant toute sa vie. Elle fertilise le cosmos en atomes plus lourds que l’hydrogène et l’hélium, qui serviront peut-être un jour à créer de nouveaux mondes.

Très basse sur l’horizon et sujette à une absorption atmosphérique intense, NGC 246 se détache faiblement du fond du ciel. En bas à gauche, sur le cliché, une galaxie anonyme.

ngc246_9imPS - copie
NGC 246. Le 14 octobre 2017. Addition de 9 photographies prises au foyer du T150/750, pour une pose totale de 3 minutes sur 2500 ISO.
Publicités

Sur l’horizon

Ciel limpide le soir du 13 septembre 2017. C’est l’occasion d’un dernier regard vers la constellation du Sagittaire, en direction du centre de notre Galaxie, avant que celle-ci ne disparaisse jusqu’à l’année prochaine. A 20° au-dessus de l’horizon sud-ouest, entre deux arbres, le télescope capture la Nébuleuse de la Lagune (numéro 8 dans le catalogue de Messier). Je l’avais déjà présentée dans un post précédent, il y a juste une année. Elle est l’une des nébuleuses diffuses les plus brillantes du ciel. Elle étale ses volutes de gaz interstellaires sur une centaine d’années-lumière. C’est une pouponnière d’étoiles. Elle contient l’amas d’étoiles jeunes NGC 6530, nées il y a deux millions d’années. Des jeunettes… Bercé par le silence de la nuit, ponctué des hululements d’une chouette hulotte, je prends une séquence de 9 photos de 20 secondes de pose sur 3200 ISO.

M8_9imPS
M8, la nébuleuse de la Lagune dans la constellation du Sagittaire. Addition de 9 clichés pris au foyer du télescope T150/750, 3200 ISO, pose totale de 3 minutes. En bas à droite, on aperçoit l’amas globulaire NGC 6544, petite pelote d’étoiles. Il se situe à environ 10 000 années-lumière du système solaire, soit deux fois plus loin que la nébuleuse de la Lagune. Photos prises le 13 septembre 2017.

Beaucoup plus difficile, à seulement 13° au-dessus de l’horizon sud-sud-est, le télescope (pointé quasiment à l’horizontale) révèle la nébuleuse de l’Hélice NGC 7293. On est dans la constellation du Verseau, à proximité de la frontière avec la constellation du Poisson Austral et de son étoile principale Fomalhaut. Le Verseau est une constellation étendue mais discrète, sans étoile ni alignement remarquable. Pour trouver la nébuleuse de l’Hélice, je pars de « delta » du Verseau (Skat), bien visible à l’œil nu. L’œil rivé au chercheur, je centre Skat, puis je descend vers le sud-ouest en direction du couple d’étoiles 66 et 68 du Verseau. Je pousse ensuite dans la même direction jusqu’à « nu » du Verseau. Encore 5 minutes d’ascension droite vers l’ouest pour trouver NGC 7293. C’est une vraie incursion dans le ciel austral, à -21° de déclinaison. Ces régions du ciel ne montent jamais au firmament à la latitude de la France et je les connais assez mal.

Si proche de la ligne d’horizon, l’absorption atmosphérique est énorme et rend la photographie de la nébuleuse très difficile.

Si de nombreuses étoiles naissent dans la nébuleuse M8, on est ici témoin de la mort d’une étoile qui se dilue progressivement dans l’espace, ensemençant l’Univers de sa matière. NGC 7293 est à moins de 500 années-lumière de la Terre, dans notre voisinage proche.

helix_13imPSz
NGC 7293. La nébuleuse est au centre de la photo, très pâle. Addition de 13 photographies sur 5000 ISO, pose totale de 4 minutes et 20 secondes, foyer du télescope T150/750. Le 13 septembre 2017.

Ci-dessous, une conversion en noir et blanc de la photo permet de pousser le contraste et fait ressortir NGC 7293.

helix_13imPSzbw
NGC 7293, la nébuleuse de l’Hélice. Même photo, mais convertie en noir et blanc, contraste poussé à l’extrême sur le logiciel Photoshop.

 

La Grande Dentelle

Située sous l’aile est du Cygne et s’étirant sur plus de 1° (2 fois le diamètre apparent de la Lune), la nébuleuse de la Grande Dentelle est le magnifique reste d’une étoile qui a fini sa vie en supernova il y a environ 100 000 ans. Cette nébuleuse n’est qu’une partie du nuage interstellaire complexe généré par l’explosion. Il faut un ciel très pur pour la capturer. La délicatesse et la violence de l’Univers…

dent_6imPSz
NGC 6992, la Grande Dentelle du Cygne. Le 14/08/2017. Addition de 6 photographies, télescope T150/750, pose totale de 3 minutes sur 6400 ISO.

Nébuleuse Saturne

Le Verseau est une constellation que je connais mal. A nos latitudes, elle ne monte jamais très haut sur l’horizon. De plus, la constellation ne contient pas d’étoiles brillantes ou d’alignements remarquables. Mais elle recèle des trésors discrets.

NGC 7009 est une nébuleuse planétaire. Ce qui signifie qu’elle ressemble à une planète à l’oculaire du télescope. Mais il s’agit en fait d’une étoile en fin de vie qui éjecte progressivement ses couches extérieures. Elle ensemence l’univers d’atomes lourds qu’elle a produit pendant toute sa vie. NGC 7009 montre deux extensions latérales qui lui ont donné son surnom de nébuleuse Saturne. Elle est située à environ 4000 années-lumière.

J’ai réalisé deux jeux de photos : la première à grand champ, au foyer du télescope, la seconde avec un oculaire de 10 mm de focale (grandissement de 75 x).

ngc7009_6im
Champ d’étoiles dispersées dans la constellation du Verseau. Le point bleu est la nébuleuse Saturne. Addition de 6 images, 2500 ISO, 2 minutes de pose totale, au foyer du T150/750. Le 14 juillet 2017.
saturn_8imzPS_ngc7009
NGC 7009, la nébuleuse Saturne. 2500 ISO, 160 secondes de pose totale (somme de 8 images). Télescope T150/750, oculaire de 10 mm, le 14 juillet 2017. On aperçoit une structure en deux anneaux à l’intérieur de la nébuleuse.

Horizon sud

Mon horizon sud s’est ouvert considérablement la semaine dernière. Le parc à l’abandon derrière chez nous a été acheté récemment, et le nouveau propriétaire a pris la décision d’étêter la rangée de vieux pins qui barraient une bonne partie de l’horizon vers le Sud. Tout un monde nouveau se révèle…

Sirius est l’étoile la plus brillante du ciel. Elle s’impose au dessus de l’horizon sud-ouest en début de soirée. C’est l’étoile principale de la constellation du Grand Chien. En décalant le télescope d’environ 15° vers l’Est, je tombe sur l’amas d’étoile M46 dans la constellation de la Poupe. Cet amas regroupe plusieurs centaines d’étoiles sur fond de Voie Lactée. Sa taille apparente est proche de celle du disque lunaire. M46 est situé à plus de 5000 années-lumière du système solaire. Dans ce fourmillement d’étoiles, on distingue la petite nébuleuse planétaire NGC2438, témoin de la mort « douce » d’une étoile.

M46_6imPSz
L’amas d’étoiles M46 dans la constellation de la Poupe. Addition de 6 photos, pose totale de 2 minutes sur 2000 ISO. Télescope T150/750, le 13 avril 2017. On distingue la nébuleuse planétaire NGC2438 (Mv: 11), petit nuage bleu proche du centre de la photo.

Le clown céleste

NGC 2392 se situe sous la constellation des Gémeaux. C’est une nébuleuse planétaire, ce qui veut dire qu’elle ressemble au petit disque d’une planète, mais qu’en fait, c’est une étoile en fin de vie (et donc pas du tout une planète…). Sa matière se dilue doucement dans le vide interstellaire jusqu’au jour où ces atomes serviront à construire une nouvelle étoile, une nouvelle planète, ou un être vivant quelque part dans l’Univers.

ngc2392_5im_zPS
NGC2392 : assemblage de 5 photos prises le 5 février 2016, 6400 ISO, 150 secondes de pose. Télescope T150/750 équipé d’un oculaire de 10 mm de focale. La nébuleuse forme un triangle équilatéral avec une étoile de magnitude 8, très brillante sur la photo, mais en fait invisible à l’œil nu, et une étoile très faible de magnitude 12.5. L’écart entre les sommets du triangle est de 2 minutes d’arc, soit 15 fois plus petit que le diamètre apparent de la Lune.

Contrairement à l’étoile dont l’explosion cataclysmique a formé la nébuleuse du Crabe (voir post précédent), celle-ci finit sa vie en s’éteignant doucement et discrètement. Question de masse : l’étoile qui forme NGC2392 est trop peu massive pour exploser.

Les photos de NGC2392 prises avec de très grands télescopes révèlent une visage de clown, inaccessible à mon équipement.

La corne du Taureau

Ciel légèrement brumeux le soir du 27 janvier 2016. S’y ajoutent les fumées stagnantes des chauffages au bois du village. Les conditions d’observation ne sont pas grandioses, mais je tente le coup vers le zénith.

A proximité de l’étoile Zêta du Taureau, qui marque l’une des cornes de la bête, on trouve la nébuleuse du Crabe, Messier 1.

M1_13imPS_zoom2
M1. Télescope T150/750. 2500 ISO, pose de 6 minutes et 20 secondes (addition de 13 images). 27/01/2016.

 

Ce sont les restes d’une étoile qui a explosé en supernova en l’an 1054. La nébuleuse est située à 6000 années-lumière de la Terre. Sous l’impulsion de la gigantesque explosion, la nébuleuse est en expansion à une vitesse d’environ 1500 km/s. En mille ans, elle a atteint un diamètre de 10 années-lumière. A cette vitesse, la matière en expansion de l’étoile défunte devrait atteindre la Terre dans 1 million d’années…

M1 n’est pas un objet simple à photographier. La nébuleuse est plutôt fugace, peu contrastée. Je l’avais déjà photographiée il y a un an.