Horizon sud

Mon horizon sud s’est ouvert considérablement la semaine dernière. Le parc à l’abandon derrière chez nous a été acheté récemment, et le nouveau propriétaire a pris la décision d’étêter la rangée de vieux pins qui barraient une bonne partie de l’horizon vers le Sud. Tout un monde nouveau se révèle…

Sirius est l’étoile la plus brillante du ciel. Elle s’impose au dessus de l’horizon sud-ouest en début de soirée. C’est l’étoile principale de la constellation du Grand Chien. En décalant le télescope d’environ 15° vers l’Est, je tombe sur l’amas d’étoile M46 dans la constellation de la Poupe. Cet amas regroupe plusieurs centaines d’étoiles sur fond de Voie Lactée. Sa taille apparente est proche de celle du disque lunaire. M46 est situé à plus de 5000 années-lumière du système solaire. Dans ce fourmillement d’étoiles, on distingue la petite nébuleuse planétaire NGC2438, témoin de la mort « douce » d’une étoile.

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L’amas d’étoiles M46 dans la constellation de la Poupe. Addition de 6 photos, pose totale de 2 minutes sur 2000 ISO. Télescope T150/750, le 13 avril 2017. On distingue la nébuleuse planétaire NGC2438 (Mv: 11), petit nuage bleu proche du centre de la photo.

Le clown céleste

NGC 2392 se situe sous la constellation des Gémeaux. C’est une nébuleuse planétaire, ce qui veut dire qu’elle ressemble au petit disque d’une planète, mais qu’en fait, c’est une étoile en fin de vie (et donc pas du tout une planète…). Sa matière se dilue doucement dans le vide interstellaire jusqu’au jour où ces atomes serviront à construire une nouvelle étoile, une nouvelle planète, ou un être vivant quelque part dans l’Univers.

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NGC2392 : assemblage de 5 photos prises le 5 février 2016, 6400 ISO, 150 secondes de pose. Télescope T150/750 équipé d’un oculaire de 10 mm de focale. La nébuleuse forme un triangle équilatéral avec une étoile de magnitude 8, très brillante sur la photo, mais en fait invisible à l’œil nu, et une étoile très faible de magnitude 12.5. L’écart entre les sommets du triangle est de 2 minutes d’arc, soit 15 fois plus petit que le diamètre apparent de la Lune.

Contrairement à l’étoile dont l’explosion cataclysmique a formé la nébuleuse du Crabe (voir post précédent), celle-ci finit sa vie en s’éteignant doucement et discrètement. Question de masse : l’étoile qui forme NGC2392 est trop peu massive pour exploser.

Les photos de NGC2392 prises avec de très grands télescopes révèlent une visage de clown, inaccessible à mon équipement.

La corne du Taureau

Ciel légèrement brumeux le soir du 27 janvier 2016. S’y ajoutent les fumées stagnantes des chauffages au bois du village. Les conditions d’observation ne sont pas grandioses, mais je tente le coup vers le zénith.

A proximité de l’étoile Zêta du Taureau, qui marque l’une des cornes de la bête, on trouve la nébuleuse du Crabe, Messier 1.

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M1. Télescope T150/750. 2500 ISO, pose de 6 minutes et 20 secondes (addition de 13 images). 27/01/2016.

 

Ce sont les restes d’une étoile qui a explosé en supernova en l’an 1054. La nébuleuse est située à 6000 années-lumière de la Terre. Sous l’impulsion de la gigantesque explosion, la nébuleuse est en expansion à une vitesse d’environ 1500 km/s. En mille ans, elle a atteint un diamètre de 10 années-lumière. A cette vitesse, la matière en expansion de l’étoile défunte devrait atteindre la Terre dans 1 million d’années…

M1 n’est pas un objet simple à photographier. La nébuleuse est plutôt fugace, peu contrastée. Je l’avais déjà photographiée il y a un an.

Une pierre précieuse

Située dans la Voie Lactée, dans la discrète constellation du Petit Renard, une étoile en fin vie se dilue dans le vide. Cette apothéose finale forme la nébuleuse de l’Haltère, M27.

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M27, la nébuleuse de l’Haltère, nichée dans le Voie Lactée. Assemblage de 14 photos sur 2500 ISO, pose totale de 4 mn 40 s. Télescope T150/750, le 19 juin 2015

Le ciel magnifique de la nuit du 19 au 20 juin était l’occasion de capturer la nébuleuse. Pour éviter le défaut de filé des étoiles, j’ai passé une heure à régler au mieux la monture du télescope. Il faut diriger l’un des axes de la monture le plus précisément possible vers le pôle nord céleste. L’étoile polaire Polaris marque presque son emplacement. C’est le « presque » qui pose problème… Le pôle est à une cinquantaine de minutes d’arc de Polaris, soit un peu moins de deux diamètres lunaires. Un écart trop important par rapport au vrai pôle entraîne un filé d’étoiles. J’ai profité du long crépuscule de cette veille d’été pour peaufiner le réglage par la bonne vieille méthode essai-erreur en utilisant Véga comme étoile test. Véga, qui sera notre étoile polaire dans … 26 000 ans.

On voit l’étoile centrale de la nébuleuse, dont le rayonnement excite le gaz en expansion qui ensemence l’Univers : le bleu révèle l’hydrogène, le rose l’hydrogène, l’oxygène et l’azote sur la bordure de M27.

Retour

Le printemps passe, l’été approche. Le triangle des Trois Belles d’Eté se lève à l’est : Véga, Deneb et Altaïr. Une de mes premières photos, prise en août 2014 et publiée en octobre de la même année, montrait M57, la nébuleuse annulaire de la Lyre, proche de Véga. Il s’agit d’une étoile en fin de vie qui éjecte ses couches extérieures. La revoici, photographiée à l’aube d’un nouvel été, le 6 juin 2015, comme une célébration des cycles de l’Univers.

M57. Assemblage de 14 images prises le 6 juin 2015. Télescope T150/750. Pose totale de 3 mn 30 s sur 2000 ISO. Le réglage de la monture laissait à désirer, d'où les traînées d'étoiles.
M57. Assemblage de 14 images prises le 6 juin 2015. Télescope T150/750. Pose totale de 3 mn 30 s sur 2000 ISO. Le réglage de la monture laissait à désirer, d’où les traînées d’étoiles. N’hésitez pas à cliquer sur l’image pour agrandir.

La petite étoile centrale est visible, au cœur de la nébuleuse (magnitude 15).

Un hibou dans le noir

5 avril 2015. Lendemain de pleine Lune. L’énorme globe de Séléné va envahir le ciel de sa lumière et masquer les nébuleuses… Le ciel est tellement limpide que je sors quand même le télescope et tente de profiter d’une petite heure avant que la Lune ne monte trop haut. Sa lumière est malgré tout bien présente.

Je pointe le télescope très haut, dans la Grande Ourse, à 2h10 d’ascension droite à l’ouest Alcor et Mizar, l’étoile multiple qui marque le milieu du manche de la « Grande Casserole ». Je prends ensuite 22 clichés de 30 secondes, soit une pose cumulée de 11 minutes ! Jamais fait aussi long. Et la surprenante nébuleuse du Hibou apparaît (M97), avec ses deux gros yeux sombres. Il s’agit d’une étoile en fin de vie qui éjecte ses couches extérieures dans le vide interstellaire. On voit, au cœur de la nébuleuse, l’étoile responsable du halo.

En bas à droite, la nébuleuse du Hibou. En haut à gauche, la galaxie spirale NGC  3556, vue par la tranche. Assemblage de 22 photos prises au télescope T150/750. Pose totale de 11 minutes sur 2500 ISO. Le fond du ciel est éclairé par la Lune qui se lève.
En bas à droite, la nébuleuse du Hibou. En haut à gauche, la galaxie spirale NGC 3556, vue par la tranche. Assemblage de 22 photos prises au télescope T150/750. Pose totale de 11 minutes sur 2500 ISO. Le fond du ciel est éclairé par la Lune qui se lève.

Mais si on y regarde bien, il y a du monde sur la photo finale. Outre la grande spirale NGC 3556, il y a une nuée de petites galaxies anonymes (cercles orange ci-dessous). On voit aussi l’étoile nébulaire mentionnée par Serge Brunier dans son atlas du ciel profond. Située juste sous le Hibou, il s’agit d’une étoile de magnitude 15 accompagnée d’une petite nébulosité. Deux satellites sont aussi discrètement passé par là.

Petite légende de la région de M97. Entourées en orange, une nuée de galaxies anonymes. Même photo que ci-dessus.
Petite légende de la région de M97. Entourées en orange, une nuée de galaxies anonymes. Même photo que ci-dessus, mais à basse résolution.

Une étoile, et puis plus rien… ou presque.

La nébuleuse du Crabe dans la constellation du Taureau. Il y avait là une étoile et, en 1054 de notre ère, elle a explosé. Une supernova que les astronomes chinois ont observée et signalée dans leurs écrits, alors que les annales européennes ne rapportent rien. Pourtant, au moment de l’explosion, la supernova était visible à l’œil nu en plein jour. La nébuleuse du Crabe, c’est ce qu’il reste de cette flamboyance, 1000 ans plus tard. J’ai pris cette photo le 11 janvier 2015. J’aime ce champ étoilé marqué par la trace de la mort d’un astre.

M1, la nébuleuse du Crabe. Assemblage de 5 photos prises le 11 janvier 2015 au foyer du tél
M1, la nébuleuse du Crabe. Assemblage de 5 photos prises le 11 janvier 2015 au foyer du télescope T150/750. Pose de 25 secondes chacune sur 3200 ISO. Traitement sur photoshop pour la balance des couleurs.

En agrandissant l’image et en la traitant en fausses couleurs avec le logiciel IDL, on devine les filaments qui strient la nébuleuse. Les photos prises avec des télescopes géants permettent de détecter les mouvements de ces filaments, au fur et à mesure que la matière de l’étoile se dilue dans le vide interstellaire.

M1. Agrandissement de l'image précédente, tournée, smoothée et traitée en fausses couleurs avec IDL
M1. Agrandissement de l’image précédente, smoothée et traitée en fausses couleurs avec IDL