Les nuées d’Orion

La constellation d’Orion s’avance vers l’ouest. Chaque soir, elle se rapproche de l’horizon du couchant, entraînant avec elle les grandes constellations d’hiver : le Taureau, les Gémeaux, le Cocher… L’hiver cède la place au printemps. Dernière chance de capturer les nébuleuses qui couvrent une grande partie d’Orion, et en particulier cette fugace Tête de Cheval.

Le soir du 21 mars, malgré la présence d’un croissant lunaire dont la lumière se diffuse dans le ciel nocturne, je me tourne à nouveau vers la Ceinture d’Orion. Je prends une cinquantaine de photos de la région autour de l’étoile Alnitak. La turbulence est assez forte, et des rafales de vent provoquent l’empâtement des étoiles sur les clichés. Seuls 31 images seront fialement exploitables. Mais la Tête de Cheval est bien là…

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La région autour d’Alnitak. Alnitak est l’étoile bleue très brillante. Elle marque la limite Est de la ceinture d’Orion. Elle inonde les gaz interstellaires qui l’entourent de sa lumière bleue. La nébuleuse NGC 2024, située juste sous Alnitak, est une région d’hydrogène et de poussières. Une longue bande d’hydrogène s’étire en travers du cliché (IC 434). La Tête de Cheval est une extension d’un vaste nuage de poussières qui vient envahir IC 434. Elle a la forme du cavalier du jeu d’échec, et elle regarde vers la gauche de la photo. Addition de 31 photos au foyer du télescope 150/750, 3200 ISO, pose totale de 13 minutes.

Par comparaison avec le cliché du post précédent, le lissage du bruit par addition d’images est évident. La forme de la Tête est également beaucoup mieux résolue.

On voit que la densité d’étoiles sous la Tête est nettement plus faible qu’au dessus. Ce qui signifie que la Tête est une extension d’un nuage poussiéreux qui couvre tout le bas du cliché. Je me suis souvent demandé ce qu’il y avait derrière ce nuage… Cette idée d’étoiles cachées m’a toujours fasciné.

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Un regret…

La nuit du 12 février était limpide. A posteriori, je me rends compte que c’était vraiment une nuit exceptionnelle de ce point de vue. En témoigne la photo de la nébuleuse d’Orion de l’article précédent. Trop attiré par les splendeurs de la nébuleuse géante, je n’ai pris que deux photos de la zone autour de l’étoile Alnitak de la Ceinture d’Orion. Leur addition montre pourtant très nettement la nébuleuse de la Tête de Cheval, objet pourtant difficile à capter. Il ‘agit d’un nuage de poussière sombre qui masque une partie de la nébuleuse IC 434, et dont la forme évoque une tête de cheval. Deux photos, c’est trop peu pour atténuer le bruit de l’image, d’où son aspect « granuleux ». Dommage, dommage …

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Nébulosités dans la Ceinture d’Orion. L’étoile la plus brillante et bleue est Alnitak, dzêta d’Orion, l’étoile la plus à l’Est de la Ceinture d’Orion. C’est une jeune supergéante bleue, 20 fois plus grande que notre petit Soleil. Vu la vitesse à laquelle elle consomme son carburant nucléaire, sa durée de vie sera courte, quelques centaines de millions d’années, contre 10 milliards pour le Soleil. La clarté d’Alnitak s’étale sur la nébuleuse IC 434. La Tête de Cheval est la marque sombre à droite du centre de l’image. Addition de deux photos prises à 6400 ISO, pose totale de 50 secondes, foyer du télescope T150/750, le soir du 12 février 2018. Trop peu de prises de vue pour éliminer le bruit de l’image…

Le géant

La constellation d’Orion est l’une des plus belles du ciel. Elle revient chaque année au début de l’Hiver pour disparaître dès l’arrivée des beaux jours. Orion est un chasseur, capable de tuer tout animal sur Terre. Il fût pourtant terrassé par la piqûre d’un Scorpion : quand la constellation d’Orion se couche à l’ouest, celle du Scorpion monte à l’est.

Les alignements d’étoiles de la constellation d’Orion forment des alignements remarquables. La ceinture surtout est immanquable : 3 étoiles alignées de brillance équivalente. Le cliché suivant a été pris avec un objectif de 50 mm le soir du 12 février 2018. Il montre Orion dans son ensemble.

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La constellation d’Orion. Addition de 14 photos, 800 ISO, pour une pause totale de 7 minutes. L’objectif de 50 mm est monté en parallèle au tube du télescope. La qualité optique du 50 mm est médiocre, la déformation des étoiles sur le bord du champ est évidente.

Une carte des lieux:

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Dans l’épée d’Orion brille la grande nébuleuse d’Orion (Messier 42). Je l’ai déjà présentée à plusieurs reprises. La voici une fois de plus, toujours plus belle…

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M42. Addition de 32 images sur 2500 ISO, pause totale de 12 minutes. Télescope T150/750, le 12 février 2018. A gauche, NGC 1977. Cliquez sur l’image pour l’agrandir ! Voyez les longues volutes de gaz, les bandes de poussières torsadées, les jeux de lumière sur les voiles de matière interstellaire, les étoiles perdues dans cette gigantesque matrice, le cœur brûlant et la périphérie glaciale…

 

 

Trapèze

La nébuleuse d’Orion (Messier 42) : une zone de formation d’étoiles située à seulement 1600 années-lumière de notre système solaire. C’est l’une des plus brillantes nébuleuses du ciel, visible à l’œil nu sous la ceinture d’Orion. En ce début d’hiver, elle monte doucement au-dessus de l’horizon, toujours plus haute soir après soir.

Je l’ai déjà photographiée à plusieurs reprises. Le  Père Noël ayant apporté une lentille de Barlow, le premier test sera pour la Grande Nébuleuse d’Orion. Une lentille de Barlow est un dispositif simple. En gros, c’est une lentille que l’on interpose entre le faisceau lumineux qui sort du tube du télescope et le boîtier photo. Cette lentille double la longueur focale du télescope, et donc son grandissement. La focale passe de 750 mm à 1500 mm. Le prix à payer pour l’agrandissement de l’image est une perte de lumière et l’obligation d’avoir un meilleur suivi de la monture. Ces deux aspects sont couplés : moins de lumière demande des poses plus longues, et donc un suivi parfait. Je me rends rapidement compte que je ne peux pas dépasser 20 secondes de pose pour garder une dérive raisonnable. Je choisis la sensibilité maximale du boîtier photo (6400 ISO). Je prends 35 photos, dont 17 seront exploitables. Apparaît alors la zone centrale de la nébuleuse. Eclairant de l’intérieur les nuages d’hydrogène et de poussières interstellaires qui forment la nébuleuse, les quatre étoiles du Trapèze brillent comme des petits joyaux. Le Trapèze est un amas d’étoiles nées de la matière de la nébuleuse, il y a seulement 350 000 ans.

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Le cœur de la Nébuleuse d’Orion M42. Les étoiles du Trapèze sont visibles dans la partie blanche de la nébuleuse. Somme de 17 photos, 6400 ISO, 5 minutes 40 secondes de pose totale. Télescope T150/750 + lentille de Barlow 2X. Le 25 décembre 2017.

Sur l’horizon

Ciel limpide le soir du 13 septembre 2017. C’est l’occasion d’un dernier regard vers la constellation du Sagittaire, en direction du centre de notre Galaxie, avant que celle-ci ne disparaisse jusqu’à l’année prochaine. A 20° au-dessus de l’horizon sud-ouest, entre deux arbres, le télescope capture la Nébuleuse de la Lagune (numéro 8 dans le catalogue de Messier). Je l’avais déjà présentée dans un post précédent, il y a juste une année. Elle est l’une des nébuleuses diffuses les plus brillantes du ciel. Elle étale ses volutes de gaz interstellaires sur une centaine d’années-lumière. C’est une pouponnière d’étoiles. Elle contient l’amas d’étoiles jeunes NGC 6530, nées il y a deux millions d’années. Des jeunettes… Bercé par le silence de la nuit, ponctué des hululements d’une chouette hulotte, je prends une séquence de 9 photos de 20 secondes de pose sur 3200 ISO.

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M8, la nébuleuse de la Lagune dans la constellation du Sagittaire. Addition de 9 clichés pris au foyer du télescope T150/750, 3200 ISO, pose totale de 3 minutes. En bas à droite, on aperçoit l’amas globulaire NGC 6544, petite pelote d’étoiles. Il se situe à environ 10 000 années-lumière du système solaire, soit deux fois plus loin que la nébuleuse de la Lagune. Photos prises le 13 septembre 2017.

Beaucoup plus difficile, à seulement 13° au-dessus de l’horizon sud-sud-est, le télescope (pointé quasiment à l’horizontale) révèle la nébuleuse de l’Hélice NGC 7293. On est dans la constellation du Verseau, à proximité de la frontière avec la constellation du Poisson Austral et de son étoile principale Fomalhaut. Le Verseau est une constellation étendue mais discrète, sans étoile ni alignement remarquable. Pour trouver la nébuleuse de l’Hélice, je pars de « delta » du Verseau (Skat), bien visible à l’œil nu. L’œil rivé au chercheur, je centre Skat, puis je descend vers le sud-ouest en direction du couple d’étoiles 66 et 68 du Verseau. Je pousse ensuite dans la même direction jusqu’à « nu » du Verseau. Encore 5 minutes d’ascension droite vers l’ouest pour trouver NGC 7293. C’est une vraie incursion dans le ciel austral, à -21° de déclinaison. Ces régions du ciel ne montent jamais au firmament à la latitude de la France et je les connais assez mal.

Si proche de la ligne d’horizon, l’absorption atmosphérique est énorme et rend la photographie de la nébuleuse très difficile.

Si de nombreuses étoiles naissent dans la nébuleuse M8, on est ici témoin de la mort d’une étoile qui se dilue progressivement dans l’espace, ensemençant l’Univers de sa matière. NGC 7293 est à moins de 500 années-lumière de la Terre, dans notre voisinage proche.

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NGC 7293. La nébuleuse est au centre de la photo, très pâle. Addition de 13 photographies sur 5000 ISO, pose totale de 4 minutes et 20 secondes, foyer du télescope T150/750. Le 13 septembre 2017.

Ci-dessous, une conversion en noir et blanc de la photo permet de pousser le contraste et fait ressortir NGC 7293.

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NGC 7293, la nébuleuse de l’Hélice. Même photo, mais convertie en noir et blanc, contraste poussé à l’extrême sur le logiciel Photoshop.

 

La Grande Dentelle

Située sous l’aile est du Cygne et s’étirant sur plus de 1° (2 fois le diamètre apparent de la Lune), la nébuleuse de la Grande Dentelle est le magnifique reste d’une étoile qui a fini sa vie en supernova il y a environ 100 000 ans. Cette nébuleuse n’est qu’une partie du nuage interstellaire complexe généré par l’explosion. Il faut un ciel très pur pour la capturer. La délicatesse et la violence de l’Univers…

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NGC 6992, la Grande Dentelle du Cygne. Le 14/08/2017. Addition de 6 photographies, télescope T150/750, pose totale de 3 minutes sur 6400 ISO.

La marée des étoiles

Observation du 16 juin 2017. Le ciel est limpide et le cœur de la Voie Lactée apparaît lentement sur l’horizon sud-est. C’est une marée montante céleste, dont l’écume est formée de nuées d’étoiles. De gigantesques zones sombres marquent la présence de vastes nuages de poussière interstellaire.

J’installe l’appareil photo sur le dos du télescope, j’utilise un objectif de focale fixe de 50 mm et j’enchaîne 6 poses de 20 secondes sur 2000 ISO.

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La Voie Lactée au nord de la constellation du Sagittaire. Pose de 120 secondes (6 images additionnées), 2000 ISO, objectif de 50 mm monté sur le dos du télescope. Les formes sombres à droite sont des arbres fraîchement taillés. En haut à droite, on voit la nébuleuse de la Lagune (en rose, très brillante) et la nébuleuse Trifide (à gauche de la Lagune). Vers le centre, toujours roses, on voit la nébuleuse Oméga (à droite) et la nébuleuse de l’Aigle à gauche. Le 16 juin 2017.

La Voie Lactée présente deux nuages particulièrement brillants. L’un en bas à gauche (dans la constellation de l’Ecu), l’autre en haut à droite du centre (à cheval sur Ophiuchus et le Sagittaire.

La Voie Lactée est notre galaxie vue de l’intérieur.