La marée des étoiles

Observation du 16 juin 2017. Le ciel est limpide et le cœur de la Voie Lactée apparaît lentement sur l’horizon sud-est. C’est une marée montante céleste, dont l’écume est formée de nuées d’étoiles. De gigantesques zones sombres marquent la présence de vastes nuages de poussière interstellaire.

J’installe l’appareil photo sur le dos du télescope, j’utilise un objectif de focale fixe de 50 mm et j’enchaîne 6 poses de 20 secondes sur 2000 ISO.

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La Voie Lactée au nord de la constellation du Sagittaire. Pose de 120 secondes (6 images additionnées), 2000 ISO, objectif de 50 mm monté sur le dos du télescope. Les formes sombres à droite sont des arbres fraîchement taillés. En haut à droite, on voit la nébuleuse de la Lagune (en rose, très brillante) et la nébuleuse Trifide (à gauche de la Lagune). Vers le centre, toujours roses, on voit la nébuleuse Oméga (à droite) et la nébuleuse de l’Aigle à gauche. Le 16 juin 2017.

La Voie Lactée présente deux nuages particulièrement brillants. L’un en bas à gauche (dans la constellation de l’Ecu), l’autre en haut à droite du centre (à cheval sur Ophiuchus et le Sagittaire.

La Voie Lactée est notre galaxie vue de l’intérieur.

A l’écart

A une vingtaine de degrés à l’est du grand amas de la Vierge se trouve un petit groupe dispersé de galaxies. Collée à l’étoile 109 de la Vierge, NGC 5746 est un membre de ce groupe. C’est une spirale barrée située à un peu moins de 100 millions d’années-lumière du système solaire. Comme NGC 4565 dans la chevelure de Bérénice, NGC 5746 est vue par la tranche. Sous cet angle de vue, l’aspect spirale disparaît, et il reste un élégant fuseau de lumière faible, fragile et suspendu dans le vide, marqué par le noyau central et une bande de poussière sombre.

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NGC 5746 dans la constellation de la Vierge. L’étoile brillante est 109 de la Vierge, de magnitude 3.8, bien visible à l’œil nu. NGC 5746 est le fin fuseau situé au-dessus de 109 Vir. Plus haut et vers la droite (en fait au sud-ouest) on voit la galaxie NGC 5740 (magnitude visuelle 12.5). 19 mai 2017, télescope T150/750, addition de 17 images pour une pose totale de 5 minutes et 40 secondes, sur 2000 ISO.

La galaxie du Dragon

Ciel limpide depuis 3 jours. J’accumule les soirées d’observation, et je prends du retard dans le traitement des images.

Hier soir, 25 mai 2017, je retourne rôder dans les parages de l’étoile polaire. Je profite d’un très bon réglage de la monture du télescope pour me rapprocher du pôle nord. Ce secteur du ciel ne tolère pas les imprécisions. Les étoiles profitent du moindre écart de la monture pour dériver, et se transformer en traînées peu esthétiques.

Après plusieurs années d’observation, je soigne l’horizontalité de la monture équatoriale. Il me semble que c’est sur cet aspect que les erreurs sont le moins permises. Je prends une vingtaine de photos de la très belle galaxie NGC 5907 dans la constellation du Dragon. Seules 11 photos présentent une dérive négligeable et peuvent être additionnées.

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NGC 5907 dans la constellation du Dragon. Il s’agit d’une galaxie spirale vue par la tranche. 220 secondes de pose sur 2500 ISO au foyer du télescope T150/750. Deux galaxies discrètes sont également visibles près du bord supérieur gauche de la photo (NGC 5905 et NGC 5908).

NGC 5907 est située à une quarantaine de millions d’années-lumière du système solaire. Elle appartient au groupe de galaxies proches LGG 396 qui compte trois membres. Sa forme très effilée lui a donné le surnom de « Knife edge galaxy » (la galaxie de la lame de couteau).

Je l’avais déjà présentée dans un post précédent, il y a deux ans presque jour pour jour. J’annonçais à l’époque une distance de 60 millions d’années-lumière, mais 40 semble plus proche de la réalité.

L’échelle de l’Univers

M101 est une galaxie spirale située à une vingtaine de millions d’années lumière de nous. Elle se montre de face dans la constellation de la Grande Ourse, proche de l’étoile Alkaid qui marque l’extrémité du manche de la « Casserole ». Ses longs bras spiraux sont chargés d’étoiles, d’amas, de nébuleuses, de poussières interstellaires. Un Univers-île.

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M101, le 14 mai 2017. Somme de 16 clichés pris au télescope T150/750, pose totale de 5 minutes et 20 secondes, 2000 ISO. Au moins deux autres galaxies faible apparaissent sur le cliché.

Je me rends compte que je n’ai jamais illustré l’échelle de mes photos. Beaucoup d’objets que j’ai photographiés sont d’une taille apparente non négligeable par rapport à la taille apparente de la Lune. La photo ci-dessous est un « fake » (c’est à la mode !). J’ai superposé sur la photo de M101 une photo de la Lune prise au télescope le 6 mai 2017 avec exactement le même montage optique. On peut ainsi voir la taille apparente de la galaxie M101 et de la Lune vue avec le même agrandissement. Mais la Lune est à environ 380 000 km de nous, alors que la galaxie est à 20 millions d’années-lumière, soit environ 500000000000000 fois (0.5 billiards de fois) plus loin. L’espace qui nous sépare de M101 est vertigineux, et la taille de la galaxie aussi !

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Montage photo superposant un cliché de la Lune et un cliché de M101, tous deux pris au télescope T150/750 avec le même grandissement (le 6 mai 2017 pour la Lune). Le but est de montrer la taille de la galaxie sur le fond du ciel, c’est un « fake » pour la bonne cause…

800 milliards…

M104 est une galaxie massive située à la limite des constellations de la Vierge et du Corbeau, à 46 minutes à l’ouest de Spica (l’Epi de la Vierge, l’étoile principale de la constellation du même nom). Sa masse totale, comprenant les étoiles, les planètes, le gaz et la poussière qu’elle contient, vaut approximativement 800 milliards de fois la masse de notre Soleil. Cette galaxie est un membre un peu isolé de l’énorme amas de la Vierge. Elle est située à une trentaine de millions d’années-lumière.

La distance abyssale qui nous sépare d’elle calme un peu cette ambiance de superlatifs. Sa magnitude visuelle est de 8.7. Elle est donc une dizaine de fois plus faible que la plus faible étoile visible à l’œil nu. Mais dans le clan des galaxies, elle compte parmi les plus brillantes. Elle est barrée d’une bande de poussières très sombres, ce qui lui donne l’aspect d’une spirale vue par la tranche. Mais des études récentes laissent plutôt penser qu’il s’agit une galaxie elliptique un peu particulière. Elle est surnommée la « Galaxie du Sombrero »…

L’image ci-dessous a été prise le 19 avril 2017. J’ai profité de la disparition de la rangée de sapin pour pointer le télescope sur M104 qui ne se trouvait qu’à une vingtaine de degrés au-dessus de l’horizon Sud-Est.

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M104. Addition de 5 images sur 2000 ISO, pose totale de 100 secondes. T150/750, au foyer, le 19 avril 2017.

Enfant des étoiles

L’un des plus étranges objets célestes se trouve dans le Corbeau, juste sous la constellation de la Vierge. NGC4038 et NGC4039 sont deux galaxies interconnectées et déformées par la gravité.

Le soir du 19 avril, le couple est bas sur l’horizon sud-est. La prise et l’addition de 8 photographies au foyer du télescope T150/750 révèlent bien le couple, malgré une absorption atmosphérique importante car on est proche de l’horizon. Je suis frappé par l’apparence de fœtus humain que donne les deux galaxies… et je repense instantanément à l’enfant des étoiles de Arthur Clark dans « 2001, l’odyssée de l’espace »…

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Les Antennes (NGC4038-4039). Le 19 avril 2017. Télescope T150-750, addition de 8 photographies, pose totale de 200 secondes sur 2000 ISO.

Les « Antennes » sont situées à 45 millions d’années-lumière. La lumière qui nous parvient date de l’Eocène.

Le Tourbillon

La constellation des Chiens de Chasse est discrète. Au printemps, elle se situe à droite de la Grande Ourse et ne contient qu’une seule étoile remarquable (Cor Caroli, le Cœur du roi Charles 1er d’Angleterre). Sur la ligne imaginaire qui relie Cor Caroli et Alkaid, l’étoile qui marque le bout du manche de la « casserole » que forme la Grande Ourse, on trouve la Galaxie du Tourbillon. Il s’agit d’une galaxie double : une magnifique spirale (Messier 51) et une petite galaxie irrégulière (NGC 5195). Messier 51 déploie l’un de ses deux bras spiraux jusqu’à effleurer sa petite compagne. Les deux galaxies sont situées à une trentaine de millions d’années-lumière.

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La Galaxie du Tourbillon : M51 et NGC5195. Addition de 13 images pour une pose totale de 4 minutes et 20 secondes, 2500 ISO. Télescope T150/750, le 28 mars 2017.