Parité lunaire ?

Une photo de la Lune prise le soir du 25 décembre 2017, au foyer du télescope équipé d’un doubleur de focale.

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La Lune croissante. Le soir du 25 décembre 2017, télescope T150/750, barlow 2X, 1/160 secondes de pose, 3200 ISO.

L’occasion de montrer que la parité dans le ciel, c’est pas gagné… La carte ci-dessous donne le nom des Mers et chaînes de montagnes lunaires. Jusque-là, tout va bien. Quand on passe aux cratères, ça se complique. On ne donne aux cratères que des noms de personnages célèbres pour leur contribution dans le domaine des sciences et de la culture au sens large. Pas de place pour la politique, ni pour les conquérants. Et malheureusement, pas trop de place pour les femmes non plus…

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Même photo, avec un peu de nomenclature.
  • Cassini : Giovanni Domenico Cassini, 1625-1712, astronome franco-italien, grand observateur de Saturne. Un homme.
  • Aristillus : aux environs de 280 avant notre ère. Astronome de l’école grecque d’Alexandrie. Un autre homme.
  • Autolycus : astronome grec vers 330 avant notre ère. Toujours un homme.
  • Manilius : poète romain, premier siècle avant notre ère. Un homme…
  • Agrippa : astronome grec. Observa une occultation des Pléiades par la Lune en 92 avant notre ère. Un homme de plus.
  • Hipparchus : vers 140 avant notre ère, ce célèbre astronome grec (tiens, un homme) est l’auteur du premier catalogue stellaire. La cratère est mieux connu sous le nom du cirque « du Parc » par messieurs Dupont et Dupond : c’est le site d’alunissage de la fusée construite par le professeur Tournesol dans « Objectif Lune ».
  • Albategnius : Muhammed ben Geber al Batani, vers 850-929. Prince et astronome arabe. Un homme encore…
  • Werner : Johann Werner, astronome allemand (1468-1528). Un homme.
  • Aliacensis : Pierre d’Ailly (1350-1420), théologien et géographe français. Et un homme, un !
  • Walter : Bernard Walter, astronome allemand (1430-1505), un homme pour finir.

Bon, n’oublions pas que la plupart de ces noms ont été donnés il y a plusieurs siècles, à des époques où la question de la parité n’avait que peu de chance d’être soulevée… N’empêche, la parité n’est pas sélénographique… Heureusement que la Lune, elle, est féminine ! Et quand on y pense, les étoiles, les nébuleuses et les galaxies aussi !

Sur ce, bonne année 2018 à toutes et tous !

 

Source pour les nomenclatures : « La Lune, Vénus et Mars ». Antonin Rukl, éditions Gründ, 1976. Une petite merveille d’atlas lunaire pour l’astronome amateur.

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Trapèze

La nébuleuse d’Orion (Messier 42) : une zone de formation d’étoiles située à seulement 1600 années-lumière de notre système solaire. C’est l’une des plus brillantes nébuleuses du ciel, visible à l’œil nu sous la ceinture d’Orion. En ce début d’hiver, elle monte doucement au-dessus de l’horizon, toujours plus haute soir après soir.

Je l’ai déjà photographiée à plusieurs reprises. Le  Père Noël ayant apporté une lentille de Barlow, le premier test sera pour la Grande Nébuleuse d’Orion. Une lentille de Barlow est un dispositif simple. En gros, c’est une lentille que l’on interpose entre le faisceau lumineux qui sort du tube du télescope et le boîtier photo. Cette lentille double la longueur focale du télescope, et donc son grandissement. La focale passe de 750 mm à 1500 mm. Le prix à payer pour l’agrandissement de l’image est une perte de lumière et l’obligation d’avoir un meilleur suivi de la monture. Ces deux aspects sont couplés : moins de lumière demande des poses plus longues, et donc un suivi parfait. Je me rends rapidement compte que je ne peux pas dépasser 20 secondes de pose pour garder une dérive raisonnable. Je choisis la sensibilité maximale du boîtier photo (6400 ISO). Je prends 35 photos, dont 17 seront exploitables. Apparaît alors la zone centrale de la nébuleuse. Eclairant de l’intérieur les nuages d’hydrogène et de poussières interstellaires qui forment la nébuleuse, les quatre étoiles du Trapèze brillent comme des petits joyaux. Le Trapèze est un amas d’étoiles nées de la matière de la nébuleuse, il y a seulement 350 000 ans.

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Le cœur de la Nébuleuse d’Orion M42. Les étoiles du Trapèze sont visibles dans la partie blanche de la nébuleuse. Somme de 17 photos, 6400 ISO, 5 minutes 40 secondes de pose totale. Télescope T150/750 + lentille de Barlow 2X. Le 25 décembre 2017.

Plumes

Des galaxies comme des petites plumes dans le vent céleste. Leur nombre est infini, et elles voyagent souvent en groupe. A la limite de la portée de mon télescope, elles s’impriment faiblement sur les clichés et sont souvent trop petites pour voir leur structure. Mais pour moi, elles sont l’essence de l’Univers, sa matière, sa diversité.

NGC 7448 est une faible galaxie dans la constellation de Pégase. Sa magnitude visuelle est de 12. Elle s’étend sur environ 2 minutes d’arc. NGC 7448 est une galaxie particulière, présentant de nombreux nodules brillants. Un seul est visible sur la photo, vers le haut de la galaxie. NGC 7448 est répertoriée dans le catalogue des galaxies hors normes sous le numéro Arp13. Le catalogue de Halton Arp regroupe 338 galaxies « anormales ». A gauche, près du bord, on voit la galaxie NGC 7463 et quelques autres galaxies très faibles.

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NGC 7448, juste en-dessous du centre de la photo. Télescope T150/750, somme de 12 photos sur 3200 ISO, pose totale de 4 minutes. Photos prises le 30 septembre 2017, aux alentours de 22h30.

Equateur céleste

Messier 77 est une galaxie spirale d’un type particulier. Sur les photographies prises avec de grands télescopes, elle apparaît entourée d’un anneau, quasiment invisible avec mon télescope (mais on le devine sur le cliché). Par contre la partie centrale est bien contrastée. M77 est située à 40 ou 50 millions d’années-lumière de notre système solaire. On distingue NGC 1055 en haut à gauche du cliché. C’est une galaxie spirale vu sur la tranche.

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M77. Somme de 12 clichés pris au foyer du télescope T150/750, le 14 octobre 2017. Pose de 15 secondes par cliché sur 2500 ISO, pour une pose totale de 180 secondes. NGC 1055, une galaxie spirale vue sur la tranche, apparaît faiblement en haut à gauche du cliché.

M77 est située proximité de l’équateur céleste, dans la constellation de la Baleine, proche de la célèbre étoile Mira. Pour comprendre ce qu’est l’équateur céleste, il faut imaginer le ciel comme une sphère englobant la Terre. La projection de l’équateur terrestre sur la sphère céleste marque l’équateur céleste. Au cours de son trajet dans le ciel au fil des saisons, le Soleil franchit deux fois l’équateur céleste: aux alentours des 21 septembre et 21 mars. Ces instants marquent le début de l’automne et du printemps. A ces deux dates, le soleil passe exactement le même temps au-dessus de l’horizon qu’en dessous, ce qui revient à dire que la durée de la journée est égale à la durée de la nuit. Il s’agit des équinoxes d’automne et de printemps. La trajectoire du Soleil sur la sphère céleste s’appelle l’écliptique. Les points de croisements entre l’écliptique et l’équateur céleste portent le nom de points vernaux. Le point vernal de printemps est situé dans la constellation des Poissons, rendant invisible toute cette région au Printemps. Le point vernal d’automne se trouve dans la constellation de la Vierge.

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Position approximative de l’équateur céleste. M77 se situe à 1 minute d’arc au nord de l’équateur. Pour comparaison, le disque lunaire fait environ 30 minutes d’arc de diamètre.

Messier 33, la Galaxie du Triangle

Messier 33 est une galaxie spirale de notre groupe local. Elle est située à environ 3 millions d’années-lumière, mais la distance exacte est mal connue. M33 se trouve dans le Triangle, petite constellation située au sud d’Andromède. Découverte par Messier en 1764, elle illustre parfaitement la difficulté de l’observation des galaxies spirales vue de face. Parfois visible à l’œil nu sous un ciel très pur (mais il faut vraiment y croire…) et s’étendant sur une surface apparente plus grande que la Lune, M33 est très difficile à observer au télescope. La luminosité par unité de surface est faible, la galaxie se présente comme un grand voile ténu.

La nuit du 25 au 26 novembre 2017 est limpide. La constellation du Triangle est proche du zénith en première partie de nuit. Le croissant de Lune descend lentement vers l’ouest et sa lumière ne gêne pas l’observation. Par contre, il fait froid, juste quelques degrés au-dessus de zéro.

Le télescope pointé très haut dans le ciel ressemble à un puits dans lequel la lumière de M33 vient plonger, après un voyage de 3 millions d’années. Je choisis la sensibilité maximale de 6400 ISO, et je prends 50 photos de 20 secondes de pose chacune, au foyer du télescope. Le lendemain, lors du traitement de l’image, 15 photos seront inexploitables à cause d’une dérive légère liée à la motorisation un peu approximative de la monture équatoriale. Mais il reste 35 images parfaites, totalisant 11 minutes et 40 secondes de pose. Place à la magie :

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M33, la galaxie du Triangle. Le 25 novembre 2017. Addition de 35 images sur 6400 ISO, pose totale de 11 minutes et 40 secondes, au foyer du télescope T150/750.

Ciel brumeux et galaxies

Le brouillard automnal est au rendez-vous. Même s’il lui arrive de se lever dans l’après-midi, il laisse derrière lui un voile qui persiste et se densifie en soirée.

Observation dans des conditions médiocres le soir du 19 novembre 2017. L’éclairage du clocher du village se diffuse dans tout le ciel, donnant une teinte orangée très peu esthétique. Je pointe le télescope vers l’Est de la constellation d’Andromède où je capture la faible galaxie NGC 891. Située à environ 25 millions d’années-lumière, elle appartient à un amas de galaxies lui-même membre du super-amas de la Vierge, comme notre groupe local qui comprend notre Voie Lactée, M31 (la grande galaxie d’Andromède) et M33 (la galaxie du Triangle). NGC 891 est fugace. Elle se présente à nous par la tranche. Une bande de poussière la traverse de part et part et masque son noyau, ce qui explique sa faible luminosité. L’objet est vraiment difficile : on se rapproche du pôle céleste et il faut un réglage impeccable de la monture du télescope pour éviter une rotation du champ. Et puis, la brume, le clocher…

Je présente la photo en noir et blanc, ce qui est un bon moyen de pousser le contraste sans enregistrer l’orange diffusé par les spots au sodium du clocher.

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NGC 891, dans la constellation d’Andromède. Addition de 24 images pour une pose totale de 8 minutes (je ne crois pas avoir jamais posé si longtemps), 4000 ISO, télescope T150/750. Le 19 novembre 2017. Sur la droite, un peu plus bas que NGC 891 et proche du bord du cliché, on aperçoit la galaxie spirale NGC 898 (petite forme effilée).

En poussant les traitements sur Photoshop, on obtient:

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Même image que ci-dessus, mais poussée sous Photoshop.

Montagnes de la Lune

Les rivages de la Mer des Pluies sont particulièrement accidentés. On y voit la plus imposante chaîne de montagnes lunaires : les Appenins. Ils constituent le bord sud-est de la Mer des Pluies et peuvent atteindre 5000 m de hauteur. Les Appenins forment un grand arc de cercle dont le relief est révélé par les ombres projetées au lever du soleil. Le rivage nord-est est bordé par la chaîne des Alpes Lunaires. Moins imposantes que les Appenins Lunaires, les Alpes ne culminent qu’à 2600 m au-dessus de la plaine. Une longue vallée de 130 km coupe le massif de son trait rectiligne. Enfin, deux montagnes solitaires émergent de la mer des Pluies : le mont Pico (2400 m) et le mont Piton (2200 m).

La turbulence était forte le soir du 28 octobre. Impossible d’additionner les images. Je montre donc un cliché isolé (2500 ISO, 1/80 s).

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Les rivages de la Mer des Pluies. Les Appenins forment le grand arc de cercle en bas du cliché. Les Alpes et leur célèbre vallée sont en haut à droite. Télescope T150/750, oculaire de 7 mm, 2500 ISO, 1/80 s. Le 28 octobre 2017.