Nuées terrestres et joviennes

Pas terrible, le printemps 2018 dans le Sud-Ouest. Il faut guetter les quelques heures de répit entre deux épisodes pluvieux depuis environ trois semaines. Le soir du 18 mai, je me faufile entre un voile de brume d’altitude qui se dissout partiellement en soirée et l’arrivée d’orages en seconde partie de nuit.

Répondant au croissant lunaire qui file vers le couchant, Jupiter se lève à l’est. Je profite d’un ciel plutôt faiblement turbulent pour prendre 26 clichés du disque de la plus grosse planète du système solaire.

Un grillon s’est installé dans le jardin, à moins de deux mètres de l’endroit où je plante le télescope. D’abord méfiant vis-à-vis de cet humain qui circule à des heures indues près de son repère, le grillon se tait. Puis, au bout d’une dizaine de minutes, il doit comprendre qu’un observateur du ciel ne représente aucun danger pour la faune nocturne. Et il reprend son chant à pleine puissance, couvrant les doux appels des crapauds accoucheurs installé en contrebas près du ruisseau. Et bien, je peux vous dire qu’un gros gryllus campestris, ça fait vraiment beaucoup de bruit…

Revenons à Jupiter. Je teste pour la première fois un logiciel d’assemblage automatique des images (SIRIL, disponible gratuitement en ligne). Bien que l’image résultante soit détériorée par la fine couche de brume d’altitude, le résultat est plutôt encourageant. Et le logiciel permet de réaliser des superpositions beaucoup plus précises par rapport à ce que je faisais « à la main » sous Photoshop.

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Le disque de Jupiter. On voit clairement les bandes de nuages qui strient la planète. La grande tache rouge se trouve sur la bande de nuages au nord de l’équateur. On voit la déformation qu’elle provoque. La couleur très jaune est liée à la position proche de l’horizon de Jupiter. Le 18 mai 2018, assemblage de 26 clichés pris au télescope T150/750, oculaire de 10 mm et Barlow 2X (grandissement d’environ 150 fois). 2000 ISO, 1/60s de pose pour chaque image.
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La même image en noir et blanc, plus contrastée.

Vers 23h30 (heure locale), des éclairs commencent à illuminer le ciel. Les orages se développent sur les coteaux au nord du Tarn. Je rentre le télescope.

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Gassendi

Jeudi soir 26 avril 2018. La Lune est en phase gibbeuse, entre le premier quartier et la pleine Lune. Le cirque Gassendi attire de suite l’œil. Peu profond, il est parcouru de fines crevasses qui semblent concentriques, et qui lui donne un air de pierre précieuse sertie dans une bague.

Je tente un montage optique pour partager ma vision. J’utilise une lentille de Barlow doublant la focale du télescope, j’ajoute une bague de 28 mm à l’oculaire Hypérion de 10 mm de focale. Le tout donne un tube d’environ 15 ou 20 cm de long sur le porte-oculaire, et je fixe l’appareil photo tout au bout. J’atteins un grandissement d’environ 200X, mais je perds beaucoup de lumière. Je suis obligé de monter à 2500 ISO pour garder un temps de pose assez court (1/40 s) afin d’éviter de noyer l’image dans la turbulence atmosphérique. Le problème, c’est l’alignement du montage optique qui n’est pas parfait à cause du porte-à-faux trop important. J’obtiens une photo raisonnable, mais les fines crevasses de Gassendi sont perdues dans l’imperfection du montage.

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La région du cirque Gassendi. Le 26 avril 2018, T150/750 + Barlow2X + oculaire 10 mm + bague de 28 mm. Grandissement d’environ 200X. 2500 ISO, 1/40 s.

Gassendi est le cratère le plus marqué de l’image. Il fait 110 km de diamètre. Ses remparts sont hauts de 1860 m. On voit bien les montagnes centrales. A gauche de Gassendi, la grande cuvette circulaire est la Mer des Humeurs, dont la taille (117 000 km2) est proche de celle de l’Islande. A droite sur le cliché, on pénètre dans l’Océan des Tempêtes. Les plus petits détails visibles sur le cliché font 3 ou 4 km de taille.

Le triplet du Lion

Le Lion monte à l’assaut du ciel, entraînant avec lui une nuée de galaxies. Entre les étoiles Thêta et Iota de la constellation, le triplet du Lion est une petit groupe de trois magnifiques spirales situé à 35 millions d’années du système solaire. La spirale déployée par M66, en bas à droite sur la photo, est particulièrement dynamique. On sent presque ce disque gigantesque tourner sur lui-même, entraînant dans le même tourbillon le gaz, les étoiles, les planètes qui la constituent… Le diamètre de M66 est proche de 100 000 années-lumière.

En haut à droite, M65 à l’air plus sage. Le troisième membre du groupe est NGC 3628. Plus diaphane que ses deux compagnes, elle se présente à nous vue par la tranche. Alors que M65 et M66 ont été découvertes au 18ème siècle par Charles Messier, NGC 3628 lui avait échappé.

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Le Triplet du Lion : NGC 3628 à gauche, M66 en bas à droite et M66 en haut à droite. Addition de 25 photos pour une pose totale de 10 minutes 24 secondes. 3200 ISO. Télescope 150/750, le 5 avril 2018.

J’avais déjà observé et photographié le triplet du Lion en mars 2015 (voir le post correspondant). Je continue ma revisite de ces objets exceptionnels en augmentant considérablement le temps de pose total. Même si les 3200 ISO augmentent considérablement le bruit, on gagne de l’information. La spirale de M66 se charge de détails invisibles sur le cliché de 2015.

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Zoom sur M66, à partir du cliché ci-dessus.

Les nuées d’Orion

La constellation d’Orion s’avance vers l’ouest. Chaque soir, elle se rapproche de l’horizon du couchant, entraînant avec elle les grandes constellations d’hiver : le Taureau, les Gémeaux, le Cocher… L’hiver cède la place au printemps. Dernière chance de capturer les nébuleuses qui couvrent une grande partie d’Orion, et en particulier cette fugace Tête de Cheval.

Le soir du 21 mars, malgré la présence d’un croissant lunaire dont la lumière se diffuse dans le ciel nocturne, je me tourne à nouveau vers la Ceinture d’Orion. Je prends une cinquantaine de photos de la région autour de l’étoile Alnitak. La turbulence est assez forte, et des rafales de vent provoquent l’empâtement des étoiles sur les clichés. Seuls 31 images seront fialement exploitables. Mais la Tête de Cheval est bien là…

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La région autour d’Alnitak. Alnitak est l’étoile bleue très brillante. Elle marque la limite Est de la ceinture d’Orion. Elle inonde les gaz interstellaires qui l’entourent de sa lumière bleue. La nébuleuse NGC 2024, située juste sous Alnitak, est une région d’hydrogène et de poussières. Une longue bande d’hydrogène s’étire en travers du cliché (IC 434). La Tête de Cheval est une extension d’un vaste nuage de poussières qui vient envahir IC 434. Elle a la forme du cavalier du jeu d’échec, et elle regarde vers la gauche de la photo. Addition de 31 photos au foyer du télescope 150/750, 3200 ISO, pose totale de 13 minutes.

Par comparaison avec le cliché du post précédent, le lissage du bruit par addition d’images est évident. La forme de la Tête est également beaucoup mieux résolue.

On voit que la densité d’étoiles sous la Tête est nettement plus faible qu’au dessus. Ce qui signifie que la Tête est une extension d’un nuage poussiéreux qui couvre tout le bas du cliché. Je me suis souvent demandé ce qu’il y avait derrière ce nuage… Cette idée d’étoiles cachées m’a toujours fasciné.

Un regret…

La nuit du 12 février était limpide. A posteriori, je me rends compte que c’était vraiment une nuit exceptionnelle de ce point de vue. En témoigne la photo de la nébuleuse d’Orion de l’article précédent. Trop attiré par les splendeurs de la nébuleuse géante, je n’ai pris que deux photos de la zone autour de l’étoile Alnitak de la Ceinture d’Orion. Leur addition montre pourtant très nettement la nébuleuse de la Tête de Cheval, objet pourtant difficile à capter. Il ‘agit d’un nuage de poussière sombre qui masque une partie de la nébuleuse IC 434, et dont la forme évoque une tête de cheval. Deux photos, c’est trop peu pour atténuer le bruit de l’image, d’où son aspect « granuleux ». Dommage, dommage …

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Nébulosités dans la Ceinture d’Orion. L’étoile la plus brillante et bleue est Alnitak, dzêta d’Orion, l’étoile la plus à l’Est de la Ceinture d’Orion. C’est une jeune supergéante bleue, 20 fois plus grande que notre petit Soleil. Vu la vitesse à laquelle elle consomme son carburant nucléaire, sa durée de vie sera courte, quelques centaines de millions d’années, contre 10 milliards pour le Soleil. La clarté d’Alnitak s’étale sur la nébuleuse IC 434. La Tête de Cheval est la marque sombre à droite du centre de l’image. Addition de deux photos prises à 6400 ISO, pose totale de 50 secondes, foyer du télescope T150/750, le soir du 12 février 2018. Trop peu de prises de vue pour éliminer le bruit de l’image…

Le géant

La constellation d’Orion est l’une des plus belles du ciel. Elle revient chaque année au début de l’Hiver pour disparaître dès l’arrivée des beaux jours. Orion est un chasseur, capable de tuer tout animal sur Terre. Il fût pourtant terrassé par la piqûre d’un Scorpion : quand la constellation d’Orion se couche à l’ouest, celle du Scorpion monte à l’est.

Les alignements d’étoiles de la constellation d’Orion forment des alignements remarquables. La ceinture surtout est immanquable : 3 étoiles alignées de brillance équivalente. Le cliché suivant a été pris avec un objectif de 50 mm le soir du 12 février 2018. Il montre Orion dans son ensemble.

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La constellation d’Orion. Addition de 14 photos, 800 ISO, pour une pause totale de 7 minutes. L’objectif de 50 mm est monté en parallèle au tube du télescope. La qualité optique du 50 mm est médiocre, la déformation des étoiles sur le bord du champ est évidente.

Une carte des lieux:

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Dans l’épée d’Orion brille la grande nébuleuse d’Orion (Messier 42). Je l’ai déjà présentée à plusieurs reprises. La voici une fois de plus, toujours plus belle…

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M42. Addition de 32 images sur 2500 ISO, pause totale de 12 minutes. Télescope T150/750, le 12 février 2018. A gauche, NGC 1977. Cliquez sur l’image pour l’agrandir ! Voyez les longues volutes de gaz, les bandes de poussières torsadées, les jeux de lumière sur les voiles de matière interstellaire, les étoiles perdues dans cette gigantesque matrice, le cœur brûlant et la périphérie glaciale…

 

 

A la sauvette…

Après un bon mois et demi de brumes, brouillards, nuées, voiles, nuages, nimbus et autres stratus, le ciel s’ouvre au petit matin glacial de ce 9 février. J’en profite pour prendre à la sauvette un cliché en direction du sud-est avec un grand angle de 18 mm de focale. La Lune s’impose au centre de l’image, à la frontière du Scorpion et d’Ophiuchus. Situé juste en-dessous (à 5h, dirait Indiana Jones), la planète Mars est en bonne place. L’étoile Antarès est à la verticale sous Mars. Elle a pris une curieuse couleur verdâtre, due à une gestion un peu folklorique des couleurs par l’appareil photo lorsqu’il est équipé d’un objectif. Quant à Jupiter, il est l’objet le plus brillant de l’image, au-dessus du pin parasol.

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Ciel matinal du 9 février 2018. Pose de 2 secondes, 2500 ISO, objectif de 18 mm. La Lune, Mars et Jupiter.

Le ciel étoilé me manque autant que le Soleil…