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Nuits d’été

Quelques clichés d’un été particulier. Des planètes, des étoiles, des galaxies, … et la Voie Lactée (toujours elle !)

D’abord Messier 4. C’est l’un des plus beaux amas globulaires du ciel. Il se situe juste à l’ouest d’Antarès, l’étoile principale de la constellation du Scorpion. M4 est localisé environ 26° sous l’équateur céleste (qui est la ligne qui figure la projection de l’équateur terrestre sur la sphère céleste). Il reste donc toujours très proche de l’horizon. Les masses d’air atmosphérique que sa lumière doit traverser pour entrer dans le tube du télescope lui font perdre beaucoup de sa splendeur. M4 est situé à environ 7000 années-lumière du système solaire.

Messier 4. Addition de 60 images prises au foyer du T150/750. 2500 ISO, pose totale de 20 minutes. Le 13 juillet 2020.

Dans la constellation d’Ophiuchus se cache la minuscule nébuleuse planétaire NGC 6369. Pour rappel, le nom « planétaire » est donné à ces objets car ils ressemblent à des disque planétaires. Mais il s’agit d’étoiles de masse intermédiaire en fin de vie, qui rejette leur matière dans l’espace.

NGC 6369, photographie prise au foyer du T150/750. Addition de 40 photos prises sur 2000 ISO avec une pose totale de 13 minutes. La petite nébuleuse planétaire est située au-dessus du centre, vers la gauche, sous la forme d’une petite bulle bleuâtre. On ne connait pas bien la distance qui nous sépare d’elle.

Reine de l’été, voici la nébuleuse de la Lagune (Messier 8). Comme M4, la nébuleuse reste basse sur l’horizon sud, au cœur des champs d’étoiles du Sagittaire. C’est un nuage de matière interstellaire qui s’étale sur une distance de 100 années-lumière dans sa plus grande dimension. M8 est située à environ 5000 années-lumière, en direction du centre de notre Galaxie.

Messier 8, la nébuleuse de la Lagune. Télescope 150/750. J’ai additionné 80 photos prises le 13 juillet 2020, puis j’ai ajouté 60 photos prises pendant l’été 2019. Pose totale de 45 minutes sur 2000 ISO.

Place aux planètes : depuis le début de l’été 2020, Saturne poursuit Jupiter au-dessus de l’horizon sud-est.

Jupiter, la plus grosse planète du système solaire. Assemblage de 25 photos, pour une pose totale de 25 centièmes de secondes. Ces poses très courtes permettent de réduire l’effet « flou » dû à la turbulence atmosphérique. On voit la grande tache rouge de Jupiter, sur le bord droit du disque, dans la bande de nuage située au-dessus de l’équateur. 2000 ISO, le 18 août 2020.

Et Saturne. Plus petit, plus loin, plus difficile, mais tellement spectaculaire !

Saturne, le 18 août 2020. Addition de 20 clichés au T150/750. Pose totale de 2/3 de secondes.

Et pour finir, le feu d’artifice de la Voie Lactée, prise au grand angle de 18 mm de focale, monté en parallèle du télescope et entraîné par le moteur équatorial.

La Voie Lactée dans la constellation du Cygne, proche du zénith. Addition de 50 photos de 30 secondes de pose chacune, focale de 18 mmm. L’objet sombre en bas de la photo est le tube du télescope. La région est aussi appelée « le Grand Rift », car la Voie Lactée semble se diviser en deux branches. Ce sont des nuages de poussières interstellaires qui provoquent cet effet de déchirure.
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L’arche de la nuit

J’ai commencé mes premières observations à l’adolescence, dans le jardin de la maison familiale à Mouscron. Cette ville de Belgique est collée à la grande agglomération de Lille – Roubaix – Tourcoing. Le ciel nocturne y était orangé, très largement pollué par les lumières urbaines. Le nombre d’étoiles visibles à l’œil nu ne dépassait pas quelques centaines (alors qu’il est de plus de 3000 pour un ciel bien sombre). Equipé du classique 115/900 offert par mes parents, j’ai passé des soirées entières à traquer les nébuleuses, mais la plupart restait invisible, absorbée et digérée par la lueur de la ville.

En 1986, on emporte le télescope dans la BX pour les vacances familiales. Mon père a fabriqué un petit berceau permettant d’accueillir le tube sur la lunette arrière. Destination, le sud, à proximité de l’Observatoire de Haute Provence. La première nuit étoilée est un choc. Pour la première fois, je porte les yeux sur la Voie Lactée. L’arche de la nuit traverse le ciel dans le calme d’une nuit noire. Imprégné à la fois de mes lectures de Hubert Reeves et de ma passion pour Star Wars (la trilogie originale, bien sûr), je me couche sur le dos en veillant à ne plus voir que le ciel. Et la magie opère. Dans un immense vertige, je me sens lancé avec toute la Terre sous moi dans un voyage hors norme à travers la Voie Lactée.

La Voie Lactée dans la direction du Sagittaire. On aperçoit à gauche la nébuleuse Trifide (M20) et la nébuleuse de la Lagune (M8). Objectif de 135 mm monté en parallèle au tube, addition de 30 photos de 30 secondes chacune, pour une pose totale de 15 minutes sur 1600 ISO. Le 13 juillet 2020.

Le soir du 13 juillet 2020, les champs stellaires de la constellation du Sagittaire sont bien visible sur l’horizon sud. Je n’ai pas de mots pour transmettre l’émotion qui me porte devant une telle beauté brute, qui me renvoie à cette lointaine nuit de mon adolescence.

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retour aux confins

Neowise s’éloigne du cœur du système solaire pour retourner dans les confins glacés. La queue gazeuse de la comète s’oriente progressivement vers l’avant du noyau, toujours repoussée par le vent de particules solaires.

Vers 22h30, elle est située à environ 30° de l’horizon, vers l’azimuth 300°. Elle est toujours visible à l’œil nu, mais elle a perdu sa splendeur d’il y a quelques jours. Neowise squatte toujours la Grande Ourse, mais elle se fait discrète.

Je la capture entre 22h29 et 22h36 sur une rafale de 18 photos, 15 secondes de pose pour un total d’exposition de 4 minutes et demi. La sensibilité est de 2000 ISO. Lors de l’addition des images, je centre sur le noyau de la comète. Du coup, les étoiles qui se trouvent à l’arrière plan se transforme en traits. Ce qui montre que la comète s’est déplacée significativement pendant la rafale de photos.

La comète Neowise. Addition de 18 photos, pose totale de 4 minutes et 30 secondes, sur 2000 ISO, au foyer du T150/750. Le filé d’étoiles témoigne du déplacement rapide de la comète sur le fond étoilé de la Grande Ourse. Le 24 juillet 2020.
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Départ

La comète Neowise s’éloigne à présent du Soleil pour repartir vers les confins. C’est une comète non-périodique. Elle nous a rendu visite, mais ne reviendra jamais. Elle s’est précipitée trop vite vers le cœur du Système Solaire. La masse du Soleil a incurvé sa trajectoire, mais pas assez pour la capturer sur une orbite fermée.

Pas si simple de la voir. Beaucoup de médias parlent d’un spectacle magnifique, d’une comète très brillante. Effectivement, c’est un moment unique, mais il faut tout ramener à l’échelle de l’astronomie, c’est-à-dire à l’échelle des processus lents, généralement discrets, qu’il faut guetter attentivement pour capturer le moment décisif.

Depuis quelques jours, Neowise se montre le soir. Il faut un horizon nord dégagé, car la comète se trouve à l’azimuth 319°, et à une vingtaine de degrés au-dessus de l’horizon le samedi 18 juillet. Autant dire qu’elle est très difficile à observer en ville, car trop proche de l’horizon. Je pars en voiture sur les côteaux sud de la vallée du Tarn, du côté de Peyrole, à la recherche d’une vue dégagée vers le Nord. J’emporte seulement un boîtier photo et un zoom 18-300 mm.

Une fois sur place, vers 20h30, je m’assure que la vue est bien dégagée là où la comète va se montrer. Puis, j’installe l’appareil photo et commence une attente de deux heures, que j’occupe par des clichés d’un magnifique coucher de Soleil.

Quand les cigales se taisent et que les grillons les remplacent, l’obscurité descend lentement sur la campagne environnante. Et la comète se révèle vers 22h30…

La comète Neowise, le 18 juillet 2020 vers 22h30. Objectif de 18 mm, pose de 10 secondes sur 1000 ISO. La comète est juste à côté de l’étoile Talitha de la Grande Ourse.

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Le Ciel profond de Céphée

Aux confins nord de la constellation du Cygne, juste de l’autre côté de sa frontière avec Céphée, on trouve un assemblage contrasté d’objets du ciel profond. D’abord la galaxie spirale NGC 6946. Elle est située à environ 25 millions d’années-lumière. Elle participe à l’expansion de l’Univers en s’éloignant de notre galaxie à la vitesse de 48 km/s. Ce qui veut dire que durant la prise de vue, qui a demandé environ une heure de manipulation, NGC 6946 a reculé d’environ 200 000 km. C’est moins que la distance Terre-Lune, et donc complètement imperceptible : 200 000 km, c’est moins d’une seconde-lumière, à comparé avec la distance actuelle de 25 millions d’années-lumière.

Sur la même photo, on voit NGC 6939, un amas de vieilles étoiles dont l’âge est estimé à 2 milliards d’années. L’amas est situé à 4000 années-lumière de notre système solaire, et fait partie intégrante de notre galaxie (comme toutes les étoiles de la photo).

NGC 6939 et NGC 6946. Somme de 100 photos de 20 secondes de pose chacune, correspondant à une exposition cumulée de 35 minutes. Le 12 juillet 2020. Télescope T150/750, 5000 ISO.
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Neowise: neige et vent

La comète Neowise est la troisième comète brillante de l’année. On espérait un grand spectacle avec Atlas et Swan, mais elles n’ont pas tenu leur promesse. Elles se sont désintégrées lors de leur passage à proximité du Soleil. Mais Neowise tient bon. Elle est visible le matin, basse sur l’horizon. On la devine à l’œil nu, sous la constellation du Cocher.

Une comète est une grosse boule de neige et de glace, salie de poussières, et qui nous vient des confins obscurs du système solaire. Ces corps figés dans le froid interstellaire sont des témoins de la jeunesse du Soleil et des planètes. Perturbée par le passage d’une étoile à proximité du système solaire, Neowise s’est échappée de ces zones froides et désolées. Elle se rue vers la chaleur de notre étoile. Mais elle scelle en même temps son destin, car en s’approchant du Soleil, la comète se met à fondre. Ses jours sont désormais comptés. La matière qui la constitue est projetée dans l’espace et soumise à la pression du vent solaire et de la gravité. Les gaz plus légers sont soufflés à l’opposé du Soleil, tandis que les particules de poussière plus lourdes subissent la double action du vent solaire (qui repousse) et de la gravité (qui attire). La queue de gaz est donc rectiligne, alors que la queue de poussières s’incurve.

J’ai installé le télescope à l’étage, dans la salle de bain, afin de dégager l’horizon au maximum. Lever à 4h pour être sur le pont à 4h30.

La comète Neowise, avant le lever du Soleil. Addition de 50 images prises au télescope T150/750. Pose totale de 150 secondes sur 3200 ISO. Le 10 juillet 2020. On distingue les traînées des étoiles à l’arrière plan. La comète s’est en effet déplacée pendant les 150 secondes par rapport au fond du ciel.
La comète Neowise dans les lueurs de l’aube. Addition de 10 clichés pris au téléobjectif de 200 mm, pose totale de 8 minutes environ.
Une dernière photo à grand champ, focale de 70 mm. Le paysage est de travers car l’appareil photo est fixé sur le dos du télescope. La monture équatoriale est responsable de cette inclinaison. Pose de 4 secondes, F/5.

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Phare lunaire

Pleine Lune en ce moment. Difficile de voir autre chose que la Lune, d’ailleurs. Levée dès 21h20, elle monte haut dans le ciel. On y voit comme en plein jour… et les étoiles plus faibles pâlissent. Et pour les nébuleuses, c’est pire : elles disparaissent sur le fond clair du ciel.

Ceci dit, que la pleine Lune est belle ! Prenez le temps de regarder la compagne de la Terre. Les « mers » sombres, vieilles de 3,9 milliards d’années, baignent les « continents » clairs, encore plus anciens. Ces mers sont de vastes étendues de lave solidifiée. L’impact de très grosses météorites a provoqué une accumulation de chaleur dans le globe lunaire jusqu’à en faire fondre une partie. Les laves ainsi formées ont surgi par des failles et des crevasses et ont « ennoyé » les anciens cratères d’impact. Ces vieux cratères sont gigantesques, couvrant plusieurs centaines de milliers de kilomètres carré. Seules les bordures de ces structures émergent des mers et forment de longues chaînes de montagnes.

La Pleine Lune du 5 juillet 2020. Le disque lunaire est éclairé à 99.9 %. Télescope T150/750, 400 ISO, pose de 1/3200s.

On distingue aussi des tâches très foncées vers le centre du disque. C’est la zone des « marais » lunaires. On voit également les immenses éjectas de matière arrachée au sol lunaire par l’impact de puissantes météorites sur les continents. L’impact de Tycho, gros cratère situé près du pôle sud de la Lune peut se suivre sur la quasi-totalité du disque lunaire…

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Ophiuchus

Ophiuchus est une grande constellation qui traverse l’équateur céleste. Elle figure un homme (le Serpentaire) qui tente de maîtriser un serpent. La constellation de la Tête de Serpent se trouve à l’ouest d’Ophiuchus, et celle de la Queue du Serpent à l’est.

La constellation d’Ophiuchus est située sous les pieds d’Hercules. Mais le Serpentaire ne contient ni étoiles très brillantes ni alignement remarquable. Du coup, elle passe le plus souvent inaperçue. Pourtant, elle contient des objets remarquables, à commencer par les champs d’étoiles de la Voie Lactée.

Le 22 juin 2020, petite visite au Serpentaire, avec des prises de vue à grand champ. Tout d’abord l’est de la constellation qui est traversée par la Voie Lactée.

La voie Lactée dans Ophiuchus. Des milliers d’étoiles… Addition de 60 images prises avec un objectif de 50 mm de focale, et le boîtier photo fixé sur la monture équatoriale. Pose totale de 30 minutes sur 2000 ISO. Les deux amas d’étoiles bien visibles dans la Voie Lactée sont NGC 6933 (au-dessus) et IC 4756 (en bas). 22 juin 2020.

En basculant la monture vers la partie ouest de la constellation, on trouve un champ beaucoup moins riche, mais qui contient 4 amas globulaires d’étoiles. Ces boules d’étoiles sont des satellites de la galaxie de la Voie Lactée.

La constellation d’Ophiuchus. Somme de 44 photos, 1000 ISO, pose totale de 22 minutes. Boîtier équipé d’un objectif de 50 mm entraîné par la monture équatoriale.

Petite carte de la photo précédente qui montre la position de 4 amas globulaires d’étoiles.

Carte du cliché précédent. Le disque orange donne la taille apparente du disque lunaire, afin de donner l’échelle du cliché.
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Le nectar de la Lune

En 1651, Joannes Baptista Riccioli publie la première nomenclature de la surface lunaire. Dans l’ouvrage « Almagestum Novum » que ce jésuite de Bologne a écrit, se trouve une carte de la face visible de la Lune. Les zones sombres sont baptisées « Mers ». On y trouve la Mer de la Tranquillité, du Nectar, de la Sérénité… Si ces noms ont bien été inventés par lui, on sait aujourd’hui que Riccioli s’était inspiré du travail de nomenclature initié par l’astronome polonais Hévélius de Dantzig (informations tirées du livre « La Lune, Vénus et Mars. Antonin Rükl. Edition Gründ, 1976).

Le soir du 28 mai 2020, je me promène sur les rivages sud de la Mer de la Tranquillité, dans la région où s’est posé Apollo 11 en 1969 (étoile bleue sur la photo annotée). La grande Plaine Murée de Theophilus marque l’entrée de la Mer du Nectar.

La Lune, le soir du 28 mai 2020. T150/750 équipé d’un oculaire de 10 mm de focale (grossissement de 75x). 1/125 sec sur 2000 ISO.

Quelques noms de formations:

Diamètre de la formation d, profondeur des remparts p.

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Un hibou dans le noir

Messier 97 est une nébuleuse planétaire. Pourtant, elle n’a rien à voir avec les planètes. Il s’agit d’une étoile de masse raisonnable qui finit la partie la plus active de sa vie en dispersant sa matière dans l’espace. Le résultat est une nébuleuse entourant l’étoile d’origine qui a perdu beaucoup de sa splendeur. Comme la forme de ce type de nébuleuse est souvent sphérique, et donc ressemble à des disques planétaires, on les a baptisée « nébuleuse planétaire ».

M 97, la Nébuleuse du Hibou. Somme de 100 photos prises le soir du 18 mai au foyer du télescope T150/750. 2500 ISO. Pose résultante de 40 minutes. On aperçoit une galaxie en bas à droite du cliché. Il s’agit de NGC 3556, une spirale vue par la tranche.

C’est la 4ème ou 5ème fois que je photographie M97. Mais j’aime ces deux grands yeux de hibou qui se dessinent dans le noir. Ils nous observent par delà le gouffre de la distance et du temps. En effet, la nébuleuse est située à 2400 années-lumière. On la voit donc telle qu’elle était avant l’ère historique. Elle s’étale (ou plutôt s’étalait, vu le délai de 2400 ans avant que son image ne nous parvienne) sur 2,35 années-lumière, soit environ 60 millions de fois la distance Terre-Lune. Elle est située dans la constellation de la Grande Ourse.