Le Mur Droit

Le Soleil se lève sur la région orientale de la Mer des Nuées. A proximité du cratère Thebit, reconnaissable à son rempart ouest percuté par une météorite, se dresse le Mur Droit, « Rupes Recta », formation rectiligne qui s’étire sur 100 km. On a longtemps pensé qu’il s’agissait de la projection de l’ombre d’une falaise à pic. On sait aujourd’hui qu’il s’agit d’une pente plutôt douce dont le dénivelé n’excède pas 7°.

La photo ci-dessous est une image extraite d’une séquence filmée comportant 1100 images. J’ai tenté de combiner un très grand nombre d’images afin de limiter l’impact de la turbulence atmosphérique, mais la résolution du Nikon D5000 que j’utilise est limitée à 1280 x 720 pixels en mode vidéo. Ce qui est trop peu pour avoir une image combinée satisfaisante. Par comparaison, toutes les photos de ce blog sont prises en résolution 4288 x 2848 pixels.

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Partie orientale de la Mer des Nuées, avec le Mur Droit (trait rectiligne sombre). T150/750, oculaire de 10 mm de focale avec une bague de 28 mm. Image tirée d’une séquence filmée. Le 21 juin 2018.
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De spirale en spirale

Deux soirées dégagées, le 13 et le 16 juin ! Des événements plutôt rares dans le sud-ouest en ce printemps 2018. Je change de méthode d’observation. Au lieu de vagabonder de galaxies en nébuleuses dans la même soirée, je décide de dédier chaque observation à un seul objet en soignant au mieux la mise en station de la monture. Après des discussions fructueuses avec un collègue qui pratique aussi l’astrophotographie en amateur (Jeroen Sonke), je cherche à augmenter considérablement le nombre de clichés pris du même objet. L’utilisation récente du logiciel Siril me permet d’assembler un nombre considérable de photos de manière totalement automatisée. Plutôt que de prendre 10 photos que j’assemblais à la main sur Photoshop, je passe à plusieurs dizaines de photos pour un seul objet.

Les Chiens de Chasse culminent dans le ciel, ainsi que la célèbre Grande Ourse. L’étoile située au milieu de la queue de l’Ourse (ou du « manche de la casserole », c’est selon) est une étoile multiple célèbre (Alcor et Mizar). Partant de cette étoile jalon, on trouve vers l’ouest la Galaxie du Tourbillon (M51), et vers l’est la magnifique spirale M101. La première se situe à 27 millions d’années-lumière environ, la seconde à une vingtaine de millions d’années-lumière.

M51
M51 et son compagnon irrégulier, porté par l’un des bras spiraux. Somme de 23 photos prises au au foyer du T150/750, 3200 ISO, 8 minutes de pose résultante. Le 13 juin 2018.
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M101, dans la Grande Ourse. Somme de 63 images pour une pose total de 21 minutes au foyer du T150/750, 3200 ISO. Le 16 juin 2018.

Ces deux galaxies spirales sont vues de face, ce qui permet de voir le déploiement de leurs bras spiraux. Par contre, ce sont des objets délicats à photographier. La faible luminosité des bras spiraux est difficile à extraire du fond du ciel. Le contraste avec le noyau très brillant rend les choses encore plus difficiles.

J’avais déjà photographié ces deux galaxies, ici et ici. La qualité des images s’améliore nettement avec le nombre de clichés. Mais la prise de vue automatisée (le boîtier photo en mode « time lapse » : une photo de 20 secondes, puis une pose de 10 secondes, à répéter 70 fois) ainsi que le traitement sous Siril font perdre une partie de la poésie de l’observation. Le télescope a besoin de moi pour être correctement pointé, mais après il se débrouille, me priant même de m’écarter de lui pour éviter toutes vibrations.

Planètes et nébuleuses planétaires

Ciel ouvert le soir du 31 mai 2018. Quelques heures de répit avant le lever d’une grosse Lune gibbeuse aux alentours de minuit. Jupiter brille en direction du sud-est, à environ 30° au-dessus de l’horizon. Cette fois-ci, je me lâche: je prends une série de 67 photos à 1/30s sur 1600 ISO. Le lendemain, je les assemble avec le logiciel SiriL, en ne gardant que les 34 clichés les moins touchés par la turbulence atmosphérique. On commence à voir des détails dans les bandes nuageuses, et la Grande Tâche Rouge est visible proche du limbe de la planète.

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Jupiter, le 31 mai 2018 vers 23h locale (21h Temps Universel). Superposition de 34 photos prises au télescope T150/750, 1/30s de pose chacune sur 1600 ISO. La Grande Tâche Rouge est bien visible. Le halo bleu sur le bord gauche de la planète est lié à un léger défaut d’alignement de l’oculaire, provoqué par le poids du boîtier photo.

Une fois Jupiter en boîte, je pointe le télescope sur la nébuleuse du Hibou (M97), dans la constellation de la Grande Ourse. Elle est facile à trouver, à 2h10mn à l’ouest de Alcor et Mizar, le couple d’étoiles qui marque le milieu du manche de la « Grande Casserole ». Par contre, elle ne se laisse pas photographier facilement. Il s’agit d’un nébuleuse planétaire, ainsi nommée car elle apparaît comme un petit disque, comme une planète. Mais il s’agit en fait des couches externes d’une étoile en fin de vie, qui se diluent dans l’espace interstellaire. Elle est située largement au-delà du système solaire, à 2000 années-lumière. Par comparaison, Jupiter (une vraie planète) se trouve à environ 45 minutes-lumière de la Terre…

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M97, le 31 mai 2018. Addition de 6 photos, 2000 ISO, pose totale de 3 minutes.

La Lune se lève, inondant rapidement le ciel de sa lumière. Juste le temps de prendre 7 photos de la nébuleuse. Clairement trop peu. A refaire.

Excursion

Je vous emmène sur l’une des plus belles régions de la Lune.

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La Lune. Addition de 10 photos prises le soir du 22 mai 2018. Télescope T150/750, oculaire de 10mm et Barlow 2X. Pose de 1/40s sur 2000 ISO pour chaque photo. Assemblage sous SiriL.

Partant du bas de la photo, nous suivons d’abord la massive chaîne montagneuse des Apennins lunaires qui projette ses contreforts vers le Nord pour finir au Promontoire Fresnel. De là, si notre regard se tourne vers la droite, nous voyons les vastes étendues planes de la Mer de la Sérénité. A gauche s’étend la Mer des Pluies. Deux cratères d’impact sont bien visibles de ce côté : Aristillus et Autolycus. Le fond de ces cratères baigne encore dans la nuit, mais les remparts qui s’élèvent à plus de 3000 mètres interceptent la lumière de l’aube lunaire..

Retour au Promontoire Fresnel. Nous traversons la zone plate pour atteindre les reliefs des Monts du Caucase lunaire. Continuant notre remontée vers le Nord, nous voyons se dresser les Alpes lunaires au loin, sur notre gauche. Elles culminent à 3600 mètres au-dessus des rivages nord de la Mer des Pluies. Une longue vallée rectiligne coupe les Alpes sur une distance de 130 km. Entre le Caucase et les Alpes, notre regard est accroché par le curieux cratère Cassini. Ses remparts ne s’élève qu’à 1200 mètres d’altitude, mais le fond est marqué par le petit cratère Cassini A (17 km de diamètre). A gauche de Cassini, très proche de la ligne de séparation du jour et de la nuit sélène, se dresse le mont Piton, montagne solitaire haute de 2200 mètres et qui projette son ombre sur la plaine.

Nuées terrestres et joviennes

Pas terrible, le printemps 2018 dans le Sud-Ouest. Il faut guetter les quelques heures de répit entre deux épisodes pluvieux depuis environ trois semaines. Le soir du 18 mai, je me faufile entre un voile de brume d’altitude qui se dissout partiellement en soirée et l’arrivée d’orages en seconde partie de nuit.

Répondant au croissant lunaire qui file vers le couchant, Jupiter se lève à l’est. Je profite d’un ciel plutôt faiblement turbulent pour prendre 26 clichés du disque de la plus grosse planète du système solaire.

Un grillon s’est installé dans le jardin, à moins de deux mètres de l’endroit où je plante le télescope. D’abord méfiant vis-à-vis de cet humain qui circule à des heures indues près de son repère, le grillon se tait. Puis, au bout d’une dizaine de minutes, il doit comprendre qu’un observateur du ciel ne représente aucun danger pour la faune nocturne. Et il reprend son chant à pleine puissance, couvrant les doux appels des crapauds accoucheurs installé en contrebas près du ruisseau. Et bien, je peux vous dire qu’un gros gryllus campestris, ça fait vraiment beaucoup de bruit…

Revenons à Jupiter. Je teste pour la première fois un logiciel d’assemblage automatique des images (SIRIL, disponible gratuitement en ligne). Bien que l’image résultante soit détériorée par la fine couche de brume d’altitude, le résultat est plutôt encourageant. Et le logiciel permet de réaliser des superpositions beaucoup plus précises par rapport à ce que je faisais « à la main » sous Photoshop.

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Le disque de Jupiter. On voit clairement les bandes de nuages qui strient la planète. La grande tache rouge se trouve sur la bande de nuages au nord de l’équateur. On voit la déformation qu’elle provoque. La couleur très jaune est liée à la position proche de l’horizon de Jupiter. Le 18 mai 2018, assemblage de 26 clichés pris au télescope T150/750, oculaire de 10 mm et Barlow 2X (grandissement d’environ 150 fois). 2000 ISO, 1/60s de pose pour chaque image.
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La même image en noir et blanc, plus contrastée.

Vers 23h30 (heure locale), des éclairs commencent à illuminer le ciel. Les orages se développent sur les coteaux au nord du Tarn. Je rentre le télescope.

Gassendi

Jeudi soir 26 avril 2018. La Lune est en phase gibbeuse, entre le premier quartier et la pleine Lune. Le cirque Gassendi attire de suite l’œil. Peu profond, il est parcouru de fines crevasses qui semblent concentriques, et qui lui donne un air de pierre précieuse sertie dans une bague.

Je tente un montage optique pour partager ma vision. J’utilise une lentille de Barlow doublant la focale du télescope, j’ajoute une bague de 28 mm à l’oculaire Hypérion de 10 mm de focale. Le tout donne un tube d’environ 15 ou 20 cm de long sur le porte-oculaire, et je fixe l’appareil photo tout au bout. J’atteins un grandissement d’environ 200X, mais je perds beaucoup de lumière. Je suis obligé de monter à 2500 ISO pour garder un temps de pose assez court (1/40 s) afin d’éviter de noyer l’image dans la turbulence atmosphérique. Le problème, c’est l’alignement du montage optique qui n’est pas parfait à cause du porte-à-faux trop important. J’obtiens une photo raisonnable, mais les fines crevasses de Gassendi sont perdues dans l’imperfection du montage.

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La région du cirque Gassendi. Le 26 avril 2018, T150/750 + Barlow2X + oculaire 10 mm + bague de 28 mm. Grandissement d’environ 200X. 2500 ISO, 1/40 s.

Gassendi est le cratère le plus marqué de l’image. Il fait 110 km de diamètre. Ses remparts sont hauts de 1860 m. On voit bien les montagnes centrales. A gauche de Gassendi, la grande cuvette circulaire est la Mer des Humeurs, dont la taille (117 000 km2) est proche de celle de l’Islande. A droite sur le cliché, on pénètre dans l’Océan des Tempêtes. Les plus petits détails visibles sur le cliché font 3 ou 4 km de taille.

Le triplet du Lion

Le Lion monte à l’assaut du ciel, entraînant avec lui une nuée de galaxies. Entre les étoiles Thêta et Iota de la constellation, le triplet du Lion est une petit groupe de trois magnifiques spirales situé à 35 millions d’années du système solaire. La spirale déployée par M66, en bas à droite sur la photo, est particulièrement dynamique. On sent presque ce disque gigantesque tourner sur lui-même, entraînant dans le même tourbillon le gaz, les étoiles, les planètes qui la constituent… Le diamètre de M66 est proche de 100 000 années-lumière.

En haut à droite, M65 à l’air plus sage. Le troisième membre du groupe est NGC 3628. Plus diaphane que ses deux compagnes, elle se présente à nous vue par la tranche. Alors que M65 et M66 ont été découvertes au 18ème siècle par Charles Messier, NGC 3628 lui avait échappé.

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Le Triplet du Lion : NGC 3628 à gauche, M66 en bas à droite et M66 en haut à droite. Addition de 25 photos pour une pose totale de 10 minutes 24 secondes. 3200 ISO. Télescope 150/750, le 5 avril 2018.

J’avais déjà observé et photographié le triplet du Lion en mars 2015 (voir le post correspondant). Je continue ma revisite de ces objets exceptionnels en augmentant considérablement le temps de pose total. Même si les 3200 ISO augmentent considérablement le bruit, on gagne de l’information. La spirale de M66 se charge de détails invisibles sur le cliché de 2015.

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Zoom sur M66, à partir du cliché ci-dessus.