Promenade hivernale II

La suite de la balade hivernale : escale dans la constellation de Cassiopée avec visite de l’amas d’étoiles Messier 52. Il contient environ 200 étoiles formées il y a 35 millions d’années à partir du même nuage interstellaire. La distance qui sépare M52 de notre système solaire est d’environ 5000 années-lumière. La lumière en provenance de ce groupe serré d’étoiles a donc été émise à l’époque où des peuplades se sédentarisaient dans la vallée et le delta du Nil et où se mettait en place la dynastie « zéro ». Cette lumière voyage depuis lors dans le cosmos, pour finir dans le tube de mon télescope et sur le capteur photographique le 3 janvier 2019 . Ce flux de lumière est un lien physique à travers le temps et l’espace.

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M52 dans Cassiopée. Addition de 7 images pour une pose totale de 3 minutes. Photos prises au foyer du télescope T150/750, sur 2500 ISO. On aperçoit la nébuleuse de la Bulle, petit nuage rouge lové autour d’une étoile brillante vers le coin inférieur gauche.
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Promenade hivernale

Après une longue période de brouillards, brumes et voiles nuageux, le ciel se dégage le soir du 3 janvier 2019. La température est glaciale, autour de -3°C. Du givre se forme sur le tube du télescope. Mais le ciel hivernal est si beau que je tiens bon !

Le ciel d’hiver est en effet encombré d’un grand nombre d’étoiles brillantes. On y retrouve Betelgeuse et Rigel dans la constellation d’Orion ; Aldébaran, l’œil rouge du Taureau ; Procyon pour la constellation du Petit Chien, à l’ouest d’Orion. Basse sur l’horizon, Sirius, l’étoile la plus brillante du ciel, scintille dans le Grand Chien. Au nord du Taureau brille Capella dans la constellation du Cocher. Et enfin, Castor et Pollux des Gémeaux monte dans le ciel au nord de Procyon. Ce groupe d’étoiles de première grandeur occupe la moitié du ciel.

Première étape : l’amas d’étoile Messier 35 dans la constellation des Gémeaux. Magnifique amas d’étoiles qui montre de nombreux alignements. Il est situé à environ 2500 années-lumière. Sur la photo, on le voit accompagné de l’amas d’étoiles NGC 2158, mais ce dernier est situé 6 fois plus loin. NGC 2158 est aussi un amas d’étoiles plus vieux que M35, ce qui se voit à sa couleur plus orangée. Les étoiles vieillissantes ont en effet tendance à rougir.

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M35 et NGC 2158. Addition de 40 clichés pris au foyer du télescope 150/750, sur 2500 ISO et pour une pose totale de 17 minutes. NGC 2158 est situé en haut à droite. Le 3 janvier 2019.

La suite au prochain numéro !

Annonciatrices de l’hiver

Les Pléiades sont un petit amas d’étoiles bleues très chaudes, situées à environ 400 années-lumière de nous. L’amas est constitué de 9 étoiles principales auxquelles les anciens Grecs ont donné les noms du titan Atlas et de sa compagne Pléione, ainsi que de leurs 7 filles : Alcyone, Mérope, Celaéno, Taygeta, Maia, Astérope et Electre. Au total, on compte environ 3000 étoiles dans les Pléiades. Elles illuminent de leur lumière un banc de poussière croisé sur le chemin dans leur grand voyage autour du noyau de notre Galaxie.

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Les Pléiades et les traces d’un immense nuage de poussières interstellaires. Photo prise le 16 novembre 2018. Télescope T150/750, au foyer. Addition de 50 images de 25 secondes chacune sur 3200 ISO. La pose résultante totale est de 21 minutes. Les aigrettes qui jaillissent des étoiles n’ont pas de réalité stellaire. Ce sont simplement des effets de la diffraction de la lumière à l’intérieur du tube du télescope, à cause de la présence de l’araignée qui soutient le miroir secondaire. Si on regarde bien, on voit une cinquième aigrette qui trouve sont origine dans la présence du tube du porte-oculaire sur le trajet de la lumière.

La montée des Pléaides au-dessus de l’horizon annonce l’arrivée des géants hivernaux: Les constellations du Taureau, des Gémeaux, du Cocher, du Grand Chien et surtout d’Orion. Le chasseur céleste s’est élevé hier soir au-dessus du clocher de l’Eglise. Toutes ces constellations contiennent des étoiles très brillantes qui font resplendir le ciel nocturne, alors que l’automne est globalement beaucoup plus discret.

Les galaxies de Pégase

Située à plus de 40 millions d’années-lumière, la galaxie spirale NGC 7331 semble rouler dans l’obscurité. De magnitude visuelle 9.6, elle est la galaxie la plus brillante du vaste amas de Pégase. Son diamètre est d’environ 100 000 années-lumière, soit un milliard de milliards de kilomètres. Une dimension impossible à se représenter. Entre la taille d’un être humain et la taille de NGC 7331, il y a un saut de 21 ordres de grandeur, c’est à dire  qu’il faut multiplier la taille d’un humain par 1 000 000 000 000 000 000 000 pour approcher la taille de la galaxie. C’est bien plus que la différence de taille entre un atome et un humain, qui n’est « que » de 13 ordres de grandeur.

Ces grands nombres dépassent notre perception. En 1938, le mathématicien Kasner invente le « googol ». C’est le nombre 10 à la puissance cent. Autrement dit, un googol peut s’écrire comme 1 suivi de cent zéros. Ce nombre gigantesque est plus grand que le nombre d’atomes de l’Univers. On a même imaginé le « googolplex ». C’est le nombre 10 à la puissance googol. Soit 1 suivit de googol zéros. Ce nombre démentiel fait de l’Univers entier quelque chose de très (très) petit. Pourtant, même un googolplex n’est rien à côté de l’infini, qui par définition est infiniment plus grand que le googolplex…

Revenons à NGC 7331. Elle est accompagnée de quatre galaxies plus petites. Le tout forme le « Deer Lick Group ».

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NGC 7331. Addition de 50 images, pose totale de 17 minutes, 2500 ISO, le 5 octobre 2018. Foyer du télescope 150/750. NGC 7331 est accompagnée de plusieurs galaxies plus faibles, visibles au-dessus de la grande spirale. Sur la gauche, plus bas que NGC 7331, on aperçoit les 5 galaxies du Quintet de Stephan, formant un petit groupe serré.

Le Canard Sauvage

La constellation de l’Ecu de Sobieski est une petite constellation discrète située juste au nord de la célèbre constellation du Sagittaire. L’étoile la plus brillante de l’Ecu est de magnitude 3.8, autrement dit une étoile plutôt discrète. Le nom « Ecu de Sobieski » a été donné à ce petit groupe d’étoiles à la fin du XVIIème siècle par l’astronome polonais Johannes Hevelius. C’est un hommage au roi de Pologne Jean Sobieski, victorieux lors d’une bataille décisive en 1683 contre les Ottomans.

L’Ecu de Sobieski est ancré au cœur de la Voie Lactée. Il contient l’un des plus beaux amas d’étoiles : M11, dit « l’amas du Canard Sauvage ». Cet amas compte plus de 3000 étoiles qui se sont formées à partir de la même nébuleuse il y a environ 200 millions d’années, à une époque où les dinosaures se promenaient sur notre planète (le Jurassique). M11 est situé à environ 6000 années-lumière de la Terre.

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M11, l’amas du Canard Sauvage, dans la constellation de l’Ecu de Sobieski. Somme de 50 photos pour une pose totale de 17 minutes sur 2500 ISO, au foyer du T150/750. Le 4 octobre 2018. Assemblage des images sous Siril. L’assombrissement vers le haut à gauche de la photo marque la présence d’un grand nuage de poussières qui masque la Voie Lactée.

Andromeda

29 septembre 2018. La journée est prometteuse, avec un ciel bleu profond. Quelques nuages se développent en fin de journée sur la Montagne Noire au Sud, et sur les coteaux au Nord, mais le ciel de la vallée du Tarn semble vouloir rester clair. C’était sans compter avec le développement de longues bandes nuageuses qui dérivent lentement d’Ouest en Est dès le coucher du soleil. Tant pis, je sors le télescope et réalise 68 clichés de 20 seconde chacun de la Grande Galaxie d’Andromède, en me faufilant entre les nuages. Le temps presse car le lever de la Lune est proche, et sa lumière diffusée dans le ciel va rendre invisible les objets faibles.

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M31, la Grande Galaxie d’Andromède. Addition de 68 photos, 2500 ISO, pose totale de 23 minutes, au foyer du télescope T150/750. La petite galaxie satellite M32 est bien visible à gauche du noyau. Le 29 septembre 2018. Le suivi équatorial n’est pas parfait, mais je garde toutes les images pour récolter le plus de lumière possible.

Autour du maelström central s’enroulent nuages de poussières et bras galactiques peuplés de milliards d’étoiles.

8 minutes

8 minutes dans la vie de la Terre. C’est le temps nécessaire à une particule de lumière, un photon, pour parcourir la distance qui sépare le Soleil de la Terre. Pendant ces 8 minutes, le Soleil a parcouru 100 000 km dans sa course folle autour du noyau de notre galaxie, la Voie Lactée. Toujours durant ces 8 minutes, la Terre s’est déplacée de 1800 km sur son orbite autour du Soleil, nous faisant quitter l’été pour nous plonger dans l’automne. Et enfin, notre planète a tourné sur elle-même de 2° sur les 360° quotidiens qui marquent les alternances jour-nuit.

Le soir du 17 septembre, j’ai pointé le télescope vers le pôle nord céleste. Ce pôle céleste représente le point de percée de l’axe de rotation de la Terre sur le fond étoilé, en direction du Nord. L’appareil photo au foyer du télescope, j’ai coupé l’entraînement de la monture pendant 8 minutes. La rotation de la Terre n’étant plus compensée par le mouvement de la monture, les étoiles se transforment en traînées de plus en plus longues lorsque l’on s’éloigne du pôle céleste. La photo couvre un champ dont la taille est d’environ 3 fois le disque lunaire vu à l’œil nu. L’étoile brillante est Polaris, l’Etoile Polaire. On constate qu’elle ne marque pas exactement la direction du Nord. Elle en est distante d’environ un diamètre lunaire apparent, soit 30 minutes d’arc.

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La rotation de la Terre. Télescope T150/750, pose de 8 minutes sur 800 ISO, entraînement équatorial coupé. L’étoile brillante est Polaris, l’Etoile Polaire. Le champ couvre moins de 2° d’arc.

Et pour le plaisir des yeux, Séléné au premier quartier.

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La Lune, le soir du 17 septembre 2018. Pose de 1/400 s sur 1000 ISO, au foyer du télescope T150/750.