Sur l’horizon

Ciel limpide le soir du 13 septembre 2017. C’est l’occasion d’un dernier regard vers la constellation du Sagittaire, en direction du centre de notre Galaxie, avant que celle-ci ne disparaisse jusqu’à l’année prochaine. A 20° au-dessus de l’horizon sud-ouest, entre deux arbres, le télescope capture la Nébuleuse de la Lagune (numéro 8 dans le catalogue de Messier). Je l’avais déjà présentée dans un post précédent, il y a juste une année. Elle est l’une des nébuleuses diffuses les plus brillantes du ciel. Elle étale ses volutes de gaz interstellaires sur une centaine d’années-lumière. C’est une pouponnière d’étoiles. Elle contient l’amas d’étoiles jeunes NGC 6530, nées il y a deux millions d’années. Des jeunettes… Bercé par le silence de la nuit, ponctué des hululements d’une chouette hulotte, je prends une séquence de 9 photos de 20 secondes de pose sur 3200 ISO.

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M8, la nébuleuse de la Lagune dans la constellation du Sagittaire. Addition de 9 clichés pris au foyer du télescope T150/750, 3200 ISO, pose totale de 3 minutes. En bas à droite, on aperçoit l’amas globulaire NGC 6544, petite pelote d’étoiles. Il se situe à environ 10 000 années-lumière du système solaire, soit deux fois plus loin que la nébuleuse de la Lagune. Photos prises le 13 septembre 2017.

Beaucoup plus difficile, à seulement 13° au-dessus de l’horizon sud-sud-est, le télescope (pointé quasiment à l’horizontale) révèle la nébuleuse de l’Hélice NGC 7293. On est dans la constellation du Verseau, à proximité de la frontière avec la constellation du Poisson Austral et de son étoile principale Fomalhaut. Le Verseau est une constellation étendue mais discrète, sans étoile ni alignement remarquables. Pour trouver la nébuleuse de l’Hélice, je pars de « delta » du Verseau (Skat), bien visible à l’œil nu. L’œil rivé au chercheur, je centre Skat, puis je descend vers le sud-ouest en direction du couple d’étoiles 66 et 68 du Verseau. Je pousse ensuite dans la même direction jusqu’à « nu » du Verseau. Encore 5 minutes d’ascension droite vers l’ouest pour trouver NGC 7293. C’est une vraie incursion dans le ciel austral, à -21° de déclinaison. Ces régions du ciel ne montent jamais au firmament à la latitude de la France et je les connais assez mal.

Si proche de la ligne d’horizon, l’absorption atmosphérique est énorme et rend la photographie de la nébuleuse très difficile.

Si de nombreuses étoiles naissent dans la nébuleuse M8, on est ici témoin de la mort d’une étoile qui se dilue progressivement dans l’espace, ensemençant l’Univers de sa matière. NGC 7293 est à moins de 500 années-lumière de la Terre, dans notre voisinage proche.

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NGC 7293. La nébuleuse est au centre de la photo, très pâle. Addition de 13 photographies sur 5000 ISO, pose totale de 4 minutes et 20 secondes, foyer du télescope T150/750. Le 13 septembre 2017.

Ci-dessous, une conversion en noir et blanc de la photo permet de pousser le contraste et fait ressortir NGC 7293.

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NGC 7293, la nébuleuse de l’Hélice. Même photo, mais convertie en noir et blanc, contraste poussé à l’extrême sur le logiciel Photoshop.

 

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Florence

Les astéroïdes sont des masses rocheuses qui se promènent dans le système solaire. De temps à autre, la trajectoire de certains de ces astéroïdes croisent l’orbite de la Terre. On les appellent des « géocroiseurs ». Tous les quelques millions d’années, certains de ces géocroiseurs entrent en collision avec la Terre. Si leur taille est de l’ordre de plus d’un km, la force de l’impact provoque des bouleversements environnementaux majeurs. De tels astéroïdes sont des tueurs. Les dinosaures s’en souviennent : leur disparition est liée, au moins en partie, à l’impact d’un astéroïde d’une dizaine de km, il y a 65 millions d’années, dans l’actuel Golfe du Mexique.

L’après-midi du 1er septembre 2017, 3122-Florence s’est approché de la Terre à seulement 7 millions de kilomètres. Sa taille est de 4.3 km, de quoi faire pas mal de dégâts en cas de collision. Je l’ai traqué le soir du 2 septembre, alors qu’il s’éloignait déjà de nous. D’abord, repérer la région où il se trouve, à partir des cartes détaillées fournies par le site de « Sky and Telescope ». L’astéroïde se trouvait juste sous le dauphin, très haut dans le ciel. J’ai pris 18 photos au foyer du télescope, chacune posée 15 secondes avec entraînement équatorial, et avec un intervalle de 2 minutes entre chaque prise de vue. On voit très clairement 3122-Florence se déplacer sur le fond des étoiles fixes. C’est la première fois que j’observe un astéroïde. Le trouver a été un coup de chance compte-tenu de sa magnitude 9 (largement sous la visibilité à l’œil nu), et du petit champ du télescope. Florence est en haut, et se déplace de droite à gauche. Je donne une version gif animée et une version youtube. Le rendu n’est pas terrible, j’essaie de faire mieux dans les jours qui viennent.

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Animation de 18 photographies prisent au foyer du télescope T150/750 le soir du 2 septembre 2017. 15 secondes de pose chacune sur 1600 ISO, avec 2 minutes d’intervalle entre chaque image. La séquence complète couvre environ 40 minutes.

 

Tous ces petits points qui se baladent au-dessus de nos têtes, tranquillement… et qui tombent parfois…

La Grande Dentelle

Située sous l’aile est du Cygne et s’étirant sur plus de 1° (2 fois le diamètre apparent de la Lune), la nébuleuse de la Grande Dentelle est le magnifique reste d’une étoile qui a fini sa vie en supernova il y a environ 100 000 ans. Cette nébuleuse n’est qu’une partie du nuage interstellaire complexe généré par l’explosion. Il faut un ciel très pur pour la capturer. La délicatesse et la violence de l’Univers…

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NGC 6992, la Grande Dentelle du Cygne. Le 14/08/2017. Addition de 6 photographies, télescope T150/750, pose totale de 3 minutes sur 6400 ISO.

La Voie

Ciel limpide la nuit du 20 au 21 août. Voici 3 photos de la Voie Lactée, notre galaxie vue de l’intérieur. Toutes les photos sont posées 90 secondes sur 2500 ISO, objectif de 28 mm entraîné par la monture du télescope.

L’océan des étoiles, avec ses ressacs, ses récifs et son écume…

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La Voie Lactée en direction du Sagittaire. Les masses noires sont des arbres.
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La Voie Lactée en direction de l’Aigle.
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La Voie Lactée en direction du Cygne.

Filante

Au milieu de l’été, la Terre croise chaque année les débris de la comète Swift-Tuttle. De la taille maximale d’un petit pois, ces petits morceaux de roche extraterrestres plongent dans l’atmosphère à une vitesse proche de 60 km/s. Le frottement de l’air les enflamme à une centaine de kilomètres d’altitude et transforme ces débris cométaires en étoiles filantes. Comme la Terre vient à la rencontre du nuage de débris, les étoiles filantes du mois d’août semblent toutes émerger d’une région située dans la constellation de Persée si on prolonge les trajectoires à rebours. C’est un effet de perspective. C’est la raison pour laquelle cet essaim d’étoiles filantes porte le nom de Perséides.

Les Perséides sont des étoiles filantes très rapides. Certaines sont très brillantes, avec parfois des traînées persistantes pendant plusieurs secondes.

Soirée du 12 août 2017. Je fixe l’appareil photo sur le dos du télescope. Comme les filantes peuvent surgir à peu près n’importe où dans le ciel, je pointe le zénith, je choisis une focale courte (28 mm) et j’enchaîne les poses de 30 secondes. Sur une centaine de clichés, j’ai capté une étoile filante très brillante, qui semble foncer vers Véga. Quelques nuages ont défilé pendant la pose.

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Sur fond de Voie Lactée, et au-dessus des nuages terrestres, une étoile filante des Perséides (coin supérieur droit). Le 12 août 2017, focale de 28 mm, 2000 ISO, 30 secondes de pose avec entraînement équatorial. Le viseur et le tube du télescope apparaissent au premier plan.

Suie

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V Aquilae, étoile de magnitude 7 dans la constellation de l’Aigle. L’un des objets les plus rouges du ciel. Addition de 6 images pour une pose totale de 90 secondes, télescope T150/750, le 11 août 2017.

 

V Aquilae est une étoile discrète de la constellation de l’Aigle. Côté luminosité, elle affiche une magnitude 7 et est en dessous de la limite de visibilité à l’œil nu. C’est une étoile particulière, puisque sa famille ne compte que 200 membres connus visibles avec un instrument d’amateur. V Aquilae est une étoile géante rouge drapée dans un manteau de suie. Cette suie bloque le peu de lumière bleue que l’étoile émet. V Aquilae apparaît donc d’un rouge éclatant vu de la Terre. Suivant les indications du Guide du Ciel 2017 de Guillaume Cannat, je trouve V aquilae à 3° à l’est de l’amas d’étoile M11.

V Aquilae est une étoile carbonée, en fin de vie. Elle se trouve à 1200 années-lumière du système solaire.

 

Nébuleuse Saturne

Le Verseau est une constellation que je connais mal. A nos latitudes, elle ne monte jamais très haut sur l’horizon. De plus, la constellation ne contient pas d’étoiles brillantes ou d’alignements remarquables. Mais elle recèle des trésors discrets.

NGC 7009 est une nébuleuse planétaire. Ce qui signifie qu’elle ressemble à une planète à l’oculaire du télescope. Mais il s’agit en fait d’une étoile en fin de vie qui éjecte progressivement ses couches extérieures. Elle ensemence l’univers d’atomes lourds qu’elle a produit pendant toute sa vie. NGC 7009 montre deux extensions latérales qui lui ont donné son surnom de nébuleuse Saturne. Elle est située à environ 4000 années-lumière.

J’ai réalisé deux jeux de photos : la première à grand champ, au foyer du télescope, la seconde avec un oculaire de 10 mm de focale (grandissement de 75 x).

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Champ d’étoiles dispersées dans la constellation du Verseau. Le point bleu est la nébuleuse Saturne. Addition de 6 images, 2500 ISO, 2 minutes de pose totale, au foyer du T150/750. Le 14 juillet 2017.
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NGC 7009, la nébuleuse Saturne. 2500 ISO, 160 secondes de pose totale (somme de 8 images). Télescope T150/750, oculaire de 10 mm, le 14 juillet 2017. On aperçoit une structure en deux anneaux à l’intérieur de la nébuleuse.